Xi, Poutine et Modi réunis au Kirghizstan : l’OCS veut renforcer son poids face à l’Occident
BICHKEK — Les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, ainsi que le Premier ministre indien Narendra Modi, ont convergé lundi vers Bichkek, capitale du Kirghizstan, à l’occasion du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Autour d’eux, plusieurs chefs d’État doivent participer aux discussions d’un forum qui cherche à s’imposer comme l’un des principaux espaces de dialogue du monde non occidental.
La rencontre intervient alors que les relations entre plusieurs membres de l’OCS et les puissances occidentales se sont fortement dégradées. Pour Pékin et Moscou, le sommet constitue notamment une vitrine de leur volonté de promouvoir un ordre international moins dominé par Washington.
Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont déjà entretenus en marge du sommet. Selon les médias russes, le président russe a notamment évoqué avec son homologue chinois la volonté de Moscou de maintenir durablement le régime d’exemption de visas entre les deux pays.
Vladimir Poutine doit également rencontrer mardi le président iranien Massoud Pezeshkian, alors que Téhéran cherche à approfondir ses relations avec la Russie et la Chine.
La Chine défend depuis plusieurs années l’idée d’un système international plus « multipolaire », dans lequel les États-Unis ne seraient plus la puissance centrale. La Russie, confrontée à son isolement occidental depuis le début de la guerre en Ukraine, voit également dans l’OCS un moyen de consolider ses partenariats avec les puissances émergentes.
L’OCS ne constitue ni une alliance militaire ni un bloc politique homogène. Ses membres poursuivent des intérêts parfois contradictoires. L’Inde, notamment, entretient une rivalité stratégique avec la Chine et le Pakistan, tous deux membres de l’organisation.
Pour New Delhi, la participation au sommet répond donc davantage à une logique de positionnement stratégique qu’à la volonté de rejoindre un quelconque front anti-américain.
Le forum permet à l’Inde de maintenir un dialogue direct avec les principales puissances eurasiatiques, de défendre ses intérêts et d’observer l’évolution des rapports de force dans une région où s’intensifie la compétition entre grandes puissances.
La Turquie suit également avec attention l’évolution de l’OCS. Ankara dispose du statut de partenaire de dialogue depuis 2012 et souhaite depuis plusieurs années renforcer son rôle au sein de l’organisation.
La stratégie turque repose toutefois sur un équilibre délicat. Membre de l’OTAN et liée économiquement à l’Union européenne, la Turquie cherche parallèlement à accroître son influence en Eurasie et à développer ses relations avec la Chine, la Russie et les autres puissances régionales.
Le président Recep Tayyip Erdogan a régulièrement exprimé son souhait de voir son pays obtenir un statut plus important au sein de l’OCS.
Le sommet de Bichkek illustre ainsi une transformation progressive du paysage diplomatique mondial : autour de la Chine et de la Russie gravitent de plus en plus de puissances qui souhaitent diversifier leurs partenariats et réduire leur dépendance à l’égard des structures occidentales.
Mais entre ambitions communes, rivalités historiques et intérêts nationaux divergents, l’OCS reste encore loin de constituer un véritable bloc capable de rivaliser politiquement ou militairement avec les alliances occidentales.
