Soudan : des combattants éthiopiens identifiés aux côtés des RSF, les accusations contre Addis-Abeba se renforcent
La présence présumée de combattants étrangers aux côtés des Forces de soutien rapide (RSF) prend une nouvelle dimension au Soudan. Alors que les autorités soudanaises accusent depuis plusieurs semaines l’Éthiopie d’abriter, d’entraîner et de faciliter l’acheminement de combattants destinés aux RSF, un rapport des Nations unies affirme avoir identifié des ressortissants éthiopiens parmi les forces étrangères engagées aux côtés du groupe paramilitaire.
Dans son rapport consacré aux armes, aux combattants et aux réseaux de soutien extérieur qui alimentent la guerre soudanaise, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan de l’ONU indique avoir identifié des Éthiopiens parmi les combattants présents dans plusieurs zones du pays, notamment à El-Fasher. Certains d’entre eux auraient été entendus parler des langues éthiopiennes et, dans certains cas, auraient porté des uniformes correspondant à ceux des Forces de défense nationale éthiopiennes.
Ces conclusions interviennent au moment où les accusations soudanaises contre l’Éthiopie se multiplient. Abdelati Mohamed El Faki, commissaire du comté de Kurmuk, dans l’État du Nil Bleu, a récemment affirmé que des combattants étrangers étaient arrivés dans un camp situé à Fana, dans la région éthiopienne de Benishangul-Gumuz, à proximité de la frontière soudanaise.
Selon le responsable local, des avions transportant des combattants auraient atterri à l’aéroport d’Assosa avant que leurs occupants ne soient transférés vers le camp de Fana. Il a également accusé les Émirats arabes unis d’avoir facilité ce pont aérien.
El Faki avait déjà affirmé que plusieurs camps situés en Éthiopie servaient à l’entraînement de combattants des RSF et de recrues étrangères, ainsi qu’à des activités logistiques et à la préparation d’opérations de drones.
Les soupçons soudanais sont également alimentés par des observations satellitaires. Une analyse publiée fin août par le Humanitarian Research Lab de l’École de santé publique de Yale avait fait état d’une importante activité militaire et logistique sur une base des Forces de défense nationale éthiopiennes à Assosa.
Les images analysées par le laboratoire faisaient notamment apparaître l’arrivée d’une importante quantité de véhicules, de véhicules blindés de transport de troupes et de conteneurs. Selon Yale, ces mouvements pourraient correspondre au déploiement d’une force de dimension brigade, susceptible de compter plusieurs centaines de combattants.
Le laboratoire avait averti que la concentration de ces moyens militaires à proximité du Soudan pouvait représenter une menace pour l’État du Nil Bleu, notamment pour Ed Damazin, capitale régionale.
Ces observations renforcent les inquiétudes autour de la frontière, sans toutefois permettre à elles seules de déterminer avec certitude la destination ou la chaîne de commandement des forces et équipements concernés.
Le rapport de l’ONU décrit plus largement un recours important aux combattants et spécialistes étrangers par les parties au conflit. Aux côtés des RSF, les enquêteurs ont identifié non seulement des combattants, mais également des opérateurs de drones, des techniciens et d’autres spécialistes militaires.
Des ressortissants du Soudan du Sud et du Tchad auraient également participé aux opérations des RSF, notamment dans des fonctions directement liées aux combats sur les lignes de front.
La mission affirme avoir pris contact avec plusieurs États au sujet des allégations de soutien aux différentes parties au conflit par l’intermédiaire d’entités présentes sur leur territoire. Le Tchad, la Colombie et les Émirats arabes unis ont fourni des réponses aux enquêteurs. En revanche, selon le rapport, aucune réponse substantielle n’a été reçue de l’Éthiopie, de la Libye, du Soudan du Sud ou de la Somalie.
Cette dimension régionale intervient alors que les combats s’intensifient dans l’État du Nil Bleu. Les RSF, appuyées par des forces alliées du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N), ont progressé dans les secteurs de Geissan et de Kurmuk, à proximité de la frontière éthiopienne.
L’armée soudanaise a, en réaction, renforcé ses positions dans la région et acheminé des troupes depuis plusieurs États voisins. Un centre d’opérations conjointes consacré au front du Nil Bleu a également été mis en place sous le commandement du major-général Walid Agabna.
La proximité de ce théâtre d’opérations avec l’Éthiopie donne une importance particulière aux accusations de soutien extérieur. Pour les autorités soudanaises, la présence éventuelle de combattants et de moyens militaires de l’autre côté de la frontière pourrait modifier l’équilibre des forces dans cette région stratégique.
Le rapport des Nations unies ne se limite pas à la question des combattants étrangers. Les enquêteurs estiment que les soutiens extérieurs ont contribué à maintenir les capacités militaires des deux camps et à prolonger la guerre.
