Inde : les « cafards » relancent la contestation électorale et réclament la démission du commissaire en chef aux élections Gyanesh Kumar
Le mouvement des « cafards » reprend la rue en Inde. Soixante-huit jours après sa mobilisation à Jantar Mantar, à Delhi, le Cockroach Janata Party (CJP) a rassemblé vendredi des milliers de personnes au parc Shivaji de Mumbai pour réclamer la démission du commissaire en chef aux élections, Gyanesh Kumar, et dénoncer la révision controversée des listes électorales, connue sous le nom de Révision spéciale intensive (SIR). Pour ses dirigeants, le rassemblement de Mumbai ne constitue toutefois qu’une première étape avant une nouvelle démonstration de force dans la capitale.
Le CJP, dont le nom reprend volontairement une appellation satirique, avait commencé comme un mouvement en ligne avant de se transformer en groupe de pression. Ses militants s’étaient déjà illustrés cet été en occupant Jantar Mantar pendant 36 jours, du 19 juin au 25 juillet, pour réclamer la démission de l’ancien ministre de l’Éducation Dharmendra Pradhan. Le ministre avait finalement quitté ses fonctions, une issue que le mouvement présente comme le résultat de sa campagne.
À Mumbai, les manifestants, pour beaucoup très jeunes, se sont rassemblés avec des t-shirts à l’effigie du Mahatma Gandhi, ainsi que des pancartes et des affiches satiriques. Une petite tribune installée sur un camion a servi de scène aux dirigeants du mouvement. Son fondateur, Abhijeet Dipke, a notamment invoqué les figures de Gandhi, Ambedkar et Nehru pour rappeler, selon lui, les fondements historiques de la démocratie indienne.
Mais derrière les références historiques, la cible était clairement désignée : Gyanesh Kumar et la Commission électorale. La contestation porte principalement sur le SIR, une vaste opération de révision des listes électorales que la Commission présente comme destinée à éliminer les doublons et les inscriptions de personnes ne remplissant plus les conditions requises.
Selon les chiffres communiqués par la Commission électorale, quelque 130 millions de noms ont été retirés des listes dans le cadre de cette opération. L’opposition et des militants contestent toutefois la procédure, affirmant que des électeurs régulièrement inscrits pourraient également avoir été exclus. Ils accusent la Commission de conduire cette révision de manière susceptible de favoriser le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi. Le BJP et la Commission électorale rejettent ces accusations.
La controverse a pris une nouvelle ampleur après des révélations du quotidien The Indian Express. Selon le journal, les deux autres commissaires électoraux, Sukhbir Singh Sandhu et Vivek Joshi, auraient formulé au moins 14 objections en dix mois à propos de décisions ou d’ordres qui, selon eux, auraient été pris sans qu’ils en aient été informés. Les désaccords auraient notamment concerné la base de données électorale, les modalités d’inscription des nouveaux électeurs et la sécurité des listes.
La Commission électorale a défendu son fonctionnement, affirmant que les divergences entre ses membres faisaient partie du processus décisionnel et que les décisions avaient finalement été prises à l’unanimité.
À Mumbai, les dirigeants du CJP ont néanmoins durci le ton. Son porte-parole Ashutosh Ranka a directement mis en cause Gyanesh Kumar, l’accusant d’être à l’origine de la suppression massive de noms des listes électorales. Ces accusations, formulées par le mouvement, sont contestées par les autorités électorales.
La mobilisation a également bénéficié de la présence de personnalités publiques. L’actrice Shabana Azmi a déclaré que le vote constituait « notre droit, notre voix », tandis que le chanteur Vishal Dadlani a participé au rassemblement en interprétant des chansons devant la foule.
Le CJP s’est également félicité du déroulement pacifique du rassemblement à Mumbai, tout en dénonçant le traitement réservé à ses militants à Delhi. Son dirigeant Sourav Das a appelé la police de la capitale à modifier sa conduite. La police avait interpellé des centaines de personnes qui tentaient de manifester à Jantar Mantar.
Le mouvement entend désormais déplacer le centre de gravité de sa contestation vers Delhi. « Mumbai n’est qu’un avant-goût », ont lancé ses responsables, annonçant que le prochain grand rendez-vous se déroulerait à Jantar Mantar. Le CJP prévoit par ailleurs des manifestations dans plusieurs États au cours des prochains jours.
L’opposition parlementaire s’est également saisie du dossier. Rahul Gandhi a affirmé que des milliers de jeunes manifestaient pacifiquement pour dénoncer ce qu’il qualifie de fraude électorale et réclamer le départ de Gyanesh Kumar. L’alliance INDIA, qui rassemble près d’une vingtaine de formations d’opposition, a annoncé de nouvelles mobilisations. Ses parlementaires doivent notamment marcher vers le siège de la Commission électorale à Delhi le 6 octobre.
Un décès est par ailleurs survenu en marge du rassemblement de Mumbai. Gopalkrishna Subbaiah Pillai, un homme de 75 ans originaire de Thane, a été victime d’un malaise après s’être plaint de fortes douleurs à la poitrine. Transporté à l’hôpital, il est décédé pendant sa prise en charge, selon la police.
Après avoir débuté comme une initiative satirique sur internet, le CJP cherche ainsi à installer sa contestation dans la durée. Avec la SIR au cœur des critiques et Gyanesh Kumar devenu la principale cible de ses revendications, le mouvement veut désormais faire de Delhi le prochain point de convergence de sa campagne pour des réformes électorales.
