Deux injections létales, sept aiguilles : l’Américaine Christa Pike reprend conscience après son exécution ratée
Condamnée à mort dans le Tennessee, l’Américaine Christa Pike, 50 ans, a repris conscience plusieurs jours après l’échec de son exécution par injection létale. D’abord considérée comme proche de la mort cérébrale par ses avocats, elle peut désormais parler et communiquer, mais reste gravement malade et souffre de lourdes séquelles physiques. Une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances de cette procédure hors norme.
Christa Pike a repris conscience mardi et recommencé à parler, près d’une semaine après avoir survécu à une tentative d’exécution au pénitencier du Tennessee. Ses avocats ont indiqué mercredi que son réveil avait surpris aussi bien son entourage médical que son équipe juridique, qui pensait encore la veille qu’elle se trouvait dans un état irréversible.
Âgée de 50 ans, cette Américaine condamnée à mort demeure toutefois dans un état de santé préoccupant. Elle souffre notamment d’une pneumonie, de graves lésions aux bras et d’un gonflement important des mains. Elle est incapable d’avaler et de s’alimenter normalement. Ses avocats restent également dans l’incertitude quant à sa capacité à retrouver l’usage de ses bras.
Selon sa défense, Christa Pike est désormais consciente de ce qui s’est produit. Elle serait toutefois « en colère et désorientée » et chercherait à comprendre les événements survenus dans la chambre d’exécution. Malgré ses troubles de l’orientation, elle est capable de converser avec les personnes qui l’entourent et pose des questions sur ce qui lui est arrivé ainsi que sur plusieurs proches.
La tentative d’exécution avait eu lieu le 30 septembre. Les autorités pénitentiaires avaient administré deux doses de pentobarbital, un barbiturique utilisé pour les injections létales. La procédure s’était toutefois soldée par un échec et Pike avait été transférée dans un hôpital de Nashville dans un état critique.
La mise en place des voies intraveineuses aurait été particulièrement difficile. Les avocats affirment qu’au moins sept aiguilles ont été utilisées au cours d’une procédure qui aurait duré plus de deux heures. L’une d’elles aurait même été retrouvée fortement pliée après son retrait.
La défense avait pourtant averti avant l’exécution que l’état de santé de Pike pouvait compliquer l’administration du produit létal. Un anesthésiste travaillant avec ses avocats a estimé qu’une quantité suffisante de pentobarbital n’avait probablement pas atteint sa circulation sanguine, ce qui pourrait expliquer pourquoi les injections n’ont pas provoqué sa mort.
L’échec de l’exécution a désormais donné lieu à une procédure judiciaire. Lors d’une audience mercredi, les avocats de Pike ont demandé aux autorités de préserver tous les éléments susceptibles de permettre de comprendre ce qui s’est passé dans la chambre d’exécution.
Le tribunal a ordonné la conservation de plusieurs catégories de preuves, notamment les seringues, les emballages des médicaments et leurs numéros de lot, les cathéters, les tubulures utilisées pour les perfusions intraveineuses ainsi que les sangles ayant servi à maintenir la détenue sur le lit.
L’ordonnance concerne également les documents et communications liés à l’exécution, notamment les rapports d’incident, les témoignages et les échanges internes entre les responsables de l’administration pénitentiaire. Le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur la demande de la défense visant à faire analyser chimiquement les résidus du produit utilisé lors de la tentative d’exécution.
L’affaire a également provoqué des conséquences au sein de l’administration pénitentiaire du Tennessee. Le gouverneur Bill Lee a ordonné la suspension des exécutions prévues dans l’État jusqu’à la fin de l’année et annoncé l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de l’échec. Le responsable du département correctionnel du Tennessee a par ailleurs quitté ses fonctions.
Les avocats de Christa Pike demandent désormais au gouverneur de commuer sa condamnation à mort en réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Ils s’opposent à toute nouvelle tentative d’exécution et estiment qu’une nouvelle procédure ne devrait pas être envisagée compte tenu de ce qui s’est produit.
Condamnée à mort en 1996, Christa Pike avait été reconnue coupable du meurtre de Colleen Slemmer, 19 ans, commis en 1995 alors qu’elle-même était âgée de 18 ans. Son ancien compagnon, Tadrell Shipp, alors âgé de 17 ans, avait également été condamné dans cette affaire, mais avait échappé à la peine capitale en raison de son âge au moment des faits.
Le sort judiciaire de Pike reste désormais incertain. Alors que son état physique demeure préoccupant et que sa récupération pourrait nécessiter une longue rééducation, les autorités doivent encore déterminer si une nouvelle date d’exécution peut être fixée et dans quelles conditions. Pour l’heure, la priorité reste l’enquête sur une procédure qui devait mettre fin à sa vie, mais qui l’a finalement laissée en vie, lourdement affaiblie et au centre d’une bataille judiciaire.
