Iran en guerre : Mehrdad Akhlaghi, l’homme des missiles face aux ruines de la défense iranienne
Nommé ministre de la Défense le dimanche 18 octobre, Mehrdad Akhlaghi Ketabchi prend les commandes d’un appareil militaro-industriel durement éprouvé par la guerre avec les États-Unis et Israël. Fort de plus de 42 ans d’expérience dans le secteur, ce spécialiste des missiles balistiques et de la propulsion à propergol solide est appelé à organiser la reconstruction de capacités stratégiques dont l’état réel reste difficile à évaluer.
L’Iran mise sur l’expérience industrielle pour tenter de reconstituer son appareil de défense. Mehrdad Akhlaghi Ketabchi, 68 ans, a été nommé ministre de la Défense dimanche 18 octobre, dans un pays confronté aux conséquences d’une guerre qui a visé ses infrastructures militaires et industrielles. Sa mission s’inscrit dans un contexte de pression militaire persistante, alors que Téhéran doit préserver ses capacités stratégiques tout en évaluant les dégâts subis par son complexe de défense.
Il succède à Aziz Nasirzadeh, tué le 28 février, dès le premier jour du conflit. Sa nomination intervient donc au moment où les autorités iraniennes doivent répondre à une double urgence : maintenir les moyens nécessaires à la poursuite de leurs opérations militaires et remettre en état les installations indispensables à la production d’armements.
Le Parlement iranien, contraint de siéger en ligne depuis le début de la guerre, a approuvé sa nomination par 237 voix contre 15. Ce vote témoigne d’un large soutien parlementaire à son accession au ministère. Il ne préjuge toutefois ni des moyens dont il disposera ni de la capacité de l’industrie militaire à retrouver rapidement son niveau antérieur.
Mehrdad Akhlaghi Ketabchi n’est pas issu du commandement militaire traditionnel. Son parcours s’est construit dans les structures techniques et industrielles de la défense iranienne, où il a accumulé plus de 42 ans d’expérience. Ses domaines de spécialisation comprennent les missiles balistiques, les technologies aérospatiales, la propulsion à propergol solide et la fabrication d’armements.
Il a dirigé plusieurs organismes stratégiques, dont le groupe industriel Shahid Bagheri, l’Organisation des industries aérospatiales et l’Organisation des industries de défense. Ces structures occupent une place centrale dans la politique d’autonomie militaire menée par la République islamique, qui cherche depuis des décennies à développer ses propres systèmes d’armes et à limiter sa dépendance envers les fournisseurs étrangers.
Cette orientation s’est imposée sous l’effet des sanctions internationales, qui ont restreint l’accès de l’Iran aux équipements, aux composants et aux technologies importés. Téhéran a progressivement développé des filières nationales afin de poursuivre ses programmes militaires malgré les restrictions économiques et technologiques. Cette stratégie lui a permis de maintenir une base industrielle de défense, mais elle ne l’a pas soustrait aux contraintes liées à l’approvisionnement en matériaux spécialisés et en équipements de précision.
Akhlaghi a évolué au cœur de cet appareil. Les médias iraniens associent son parcours à plusieurs programmes de missiles, notamment les Sejjil et Zolfaghar, ainsi qu’à des projets d’armements de précision comme les missiles Almas et les bombes guidées Yasin. Cette expérience le place au contact de secteurs directement concernés par les efforts de reconstitution des capacités militaires du pays.
La nomination d’un spécialiste de l’industrie militaire répond à des besoins immédiats. La connaissance des chaînes de production, des contraintes techniques et des organismes chargés de la fabrication des armements peut faciliter l’évaluation des capacités encore opérationnelles et la définition des priorités de reconstruction.
Mais l’expérience accumulée par un dirigeant ne suffit pas à remettre en état un appareil industriel touché par des destructions. La reprise de la production dépend de l’état des installations, de la disponibilité des équipements, de l’accès aux matières premières et de la capacité à rétablir les circuits d’approvisionnement. La destruction d’un site peut également affecter d’autres unités qui dépendent de ses composants ou de ses services.
L’ampleur exacte des dégâts subis par l’industrie militaire iranienne demeure difficile à établir de manière indépendante. Cette incertitude complique toute estimation des délais nécessaires à la remise en service des installations et à la reconstitution des stocks. Elle empêche également de déterminer avec précision quelles capacités ont été définitivement perdues, lesquelles peuvent être réparées et lesquelles ont pu être préservées.
