Yémen : exposition choc d’explosifs saisis au défunt Conseil de transition du Sud – Riyad accuse Abou Dhabi d’ingérence
À Mukalla, capitale de la province pétrolière d’Hadramaout, les forces antiterroristes yéménites – entraînées et équipées par l’Arabie saoudite – ont dévoilé, le 19 janvier 2026, un impressionnant arsenal d’explosifs, d’armes lourdes et de matériel militaire confisqués au Conseil de transition du Sud (CTS/STC), mouvement séparatiste aujourd’hui dissous. Cette présentation publique, orchestrée dans les moindres détails, dépasse le simple cadre sécuritaire : elle constitue un message politique et médiatique fort, destiné à démontrer le contrôle retrouvé par le gouvernement central et son protecteur régional, Riyad.
Le CTS, longtemps soutenu par les Émirats arabes unis, avait connu un essor spectaculaire en décembre 2025, s’emparant d’Aden, de Mukalla et des zones pétrolières stratégiques d’Hadramaout et d’Al-Mahra. Mais cette montée en puissance fut fulgurante et éphémère. En l’espace de quelques jours, une contre-offensive gouvernementale, appuyée par des frappes aériennes saoudiennes intenses, a balayé les acquis du STC, réduisant à néant ce qui semblait être l’embryon d’un État séparatiste au Sud du Yémen.
Le tournant décisif est survenu le 7 janvier, lorsque le major-général Aïdarous al-Zoubaïdi, leader du STC, accusé de haute trahison après avoir proclamé une « déclaration constitutionnelle » en faveur d’un référendum d’indépendance, a été limogé de son poste de vice-président du Conseil présidentiel de direction (PLC). Selon des sources locales, il aurait quitté le pays, probablement pour les Émirats via la Somaliland, laissant derrière lui un mouvement désorganisé et bientôt dissous. Deux jours plus tard, le 9 janvier, le CTS annonçait officiellement sa dissolution, fermant bureaux et institutions – une capitulation largement perçue comme imposée par Riyad et symbolisant l’échec patent du projet séparatiste.
Dans ce contexte de tension extrême, le gouverneur d’Hadramaout, Salam Al-Khanbashi, a multiplié les accusations lors d’une conférence de presse télévisée, dénonçant l’ingérence des Émirats arabes unis. Selon lui, Abou Dhabi aurait « détourné la coalition » menée par Riyad pour restaurer le gouvernement légitime afin de « servir ses propres intérêts », en finançant des groupes armés liés à al-Zoubaïdi et en semant la terreur dans la province, avec assassinats, tortures et intimidations ciblées contre les civils.
L’exposition publique des explosifs et du matériel saisi s’inscrit dans une stratégie de communication soigneusement orchestrée par Riyad : discréditer le séparatisme sudiste, exposer les abus présumés – notamment la tenue de prisons secrètes et la circulation illégale d’armes – et affirmer le rôle « stabilisateur » de l’Arabie saoudite dans une région où la fragilité politique est chronique. Au-delà de l’opération médiatique, cette démarche vise à rappeler aux acteurs régionaux et internationaux que Riyad entend rester l’acteur central dans le Sud yéménite, limitant ainsi l’influence d’Abou Dhabi dans la coalition anti-Houthis.
Le Yémen demeure profondément fragmenté : au nord, les Houthis contrôlent une large portion du territoire, tandis que le gouvernement PLC peine à asseoir son autorité au centre et à l’est. Au Sud, les cicatrices de l’épisode STC soulignent la fragilité du tissu politique local, où les revendications indépendantistes, les rivalités tribales et la concurrence pour les ressources pétrolières continuent de nourrir les tensions. La chute du STC enterre temporairement les espoirs d’indépendance sudiste, mais elle n’éteint pas les griefs historiques ni les ambitions régionales.
Alors que les yeux de la communauté internationale se tournent vers Mukalla, Riyad prépare déjà la prochaine phase : la tenue possible de pourparlers sous son égide, visant à consolider l’autorité du PLC et à neutraliser toute résurgence du séparatisme. Mais dans un Yémen où alliances et loyautés changent aussi vite que les vents désertiques d’Hadramaout, la stabilité reste un objectif fragile, difficilement atteignable sans un équilibre régional soigneusement calibré entre Riyad et Abou Dhabi.
