Soudan : l’armée abat des drones, des milliers de civils fuient vers l’Éthiopie
Al Kordofan / Nil Bleu, 21 février 2026 – La guerre au Soudan continue de frapper durement la population civile. Ce week-end, l’armée soudanaise a annoncé avoir abattu trois drones attaquant la ville d’Al-Abyad, dans l’État du Kordofan du Nord, alors que les combats faisaient rage à l’ouest de la ville d’Al-Abbasiya, dans le Kordofan du Sud. Les forces gouvernementales ont repris le contrôle des villes d’Al-Damara, Tabsa et Qardud Najama, illustrant la montée des tensions dans cette région stratégique.
Dans le sud-est du pays, près de la province de Kurmuk, environ 1 000 Soudanais ont fui vers le territoire éthiopien pour échapper aux attaques menées par les Forces de soutien rapide (FSR) et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord. Près de 1 500 personnes déplacées ont été accueillies à Kurmuk, avant d’être transférées vers des camps à Damazin. Les organisations humanitaires internationales sont appelées à intervenir d’urgence pour fournir nourriture, eau, soins médicaux et abris.
Les frappes aériennes et les attaques de drones ont causé la mort d’au moins 57 civils, dont 15 enfants, selon l’ONU. Dans le Kordofan du Nord, 28 personnes ont été tuées dimanche lors d’un raid contre le marché d’Al-Safiya, et 26 autres ont trouvé la mort le lendemain à Al-Sunut, dans l’ouest du Kordofan, lors d’un autre bombardement sur un refuge pour personnes déplacées. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé ces attaques comme « dévastatrices » et a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les frappes contre des biens civils.
Le groupe de défense des droits humains Avocats d’urgence a souligné que les hôpitaux, marchés et lieux de rassemblement civils, comme ceux d’Al-Zarq ou d’Abu Qumra, ont été directement ciblés, constituant selon lui des crimes de guerre. L’Observatoire national soudanais des droits de l’homme a documenté la destruction totale de certaines infrastructures civiles et la mort de nombreux civils, principalement des femmes et des enfants.
Les États-Unis ont réclamé un cessez-le-feu humanitaire immédiat et ont imposé des sanctions à trois hauts responsables des FSR accusés de génocide, massacres ethniques, torture, famine et violences sexuelles à El Fasher. Le chef du Conseil souverain soudanais, Abdel Fattah al-Burhan, a insisté pour que les FSR se retirent des zones occupées et acceptent une trêve. De son côté, le ministre de la Justice, Abdullah Darf, a confirmé que tous les auteurs de crimes de guerre seraient jugés.
Depuis avril 2023, le conflit entre l’armée soudanaise et les FSR, motivé par un désaccord sur l’intégration de ces dernières dans les forces armées, a plongé le Soudan dans une crise humanitaire parmi les pires au monde. La famine touche de vastes régions, des dizaines de milliers de civils ont péri, et près de 13 millions de personnes ont été déplacées. La Mission internationale indépendante d’établissement des faits a confirmé que des actes de génocide ont été commis par les FSR à El Fasher et ses environs.
Alors que la guerre se poursuit, la population civile reste prise entre les frappes aériennes, les attaques de drones et les déplacements forcés, plongeant le Soudan dans une catastrophe humanitaire qui s’aggrave jour après jour.
