Israël vers une nouvelle occupation du sud du Liban : une progression rampante jusqu’au Litani
Beyrouth, mars 2026 – Près de 18 ans après son retrait du sud du Liban en 2000, Israël est en train de reconstituer, de manière progressive mais déterminée, une présence militaire durable sur une vaste partie du territoire libanais. Cette fois, l’objectif affiché n’est plus Beyrouth, mais le fleuve Litani. Sous couvert de « zone de sécurité », Tsahal met en place ce que de nombreux Libanais qualifient déjà d’occupation de fait.
Depuis le début du mois de mars 2026, l’armée israélienne a intensifié ses opérations terrestres et aériennes en réponse aux tirs quotidiens du Hezbollah. Plusieurs ponts stratégiques sur le Litani, dont le vital pont de Qasmiyeh, ont été détruits, isolant ainsi le sud du reste du pays. Les incursions terrestres progressives, combinées à une campagne systématique de destruction des infrastructures, ont contraint plus de 1,3 million de Libanais à fuir leurs foyers, soit près d’un habitant sur cinq.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré sans détour que Tsahal contrôlerait « les ponts restants et la zone de sécurité jusqu’au Litani ». Plus explicite encore, le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich a affirmé que « la nouvelle frontière israélienne doit être le Litani ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu évoque quant à lui une « bande de sécurité élargie » destinée à protéger les villes du nord d’Israël contre les roquettes et les armes antichars.
Sur le terrain, la réalité est brutale : villages rasés, terres agricoles incendiées, routes ainsi que réseaux d’eau et d’électricité détruits à plus de 70 % dans certaines zones. Le retour des populations dans les 57 villages et bourgs frontaliers concernés devient de plus en plus improbable. Certains analystes y voient une stratégie délibérée de dépeuplement et de remodelage démographique du sud, majoritairement chiite.
Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette escalade de « prélude à une invasion terrestre » et y voit une tentative claire de rompre le lien géographique entre le sud du Litani et le reste du Liban, consolidant ainsi ce qu’il considère comme une occupation rampante imposant une nouvelle carte du pays.
Cette approche n’est pas inédite. Entre 1978 et 2000, Israël avait maintenu une « zone de sécurité » dans le sud pendant 18 ans, avec le soutien de milices locales, et c’est précisément cette occupation qui a favorisé l’émergence du Hezbollah comme force de résistance. Aujourd’hui, la tactique semble plus sophistiquée : destruction massive des capacités militaires et civiles du Hezbollah, création d’une zone tampon profonde (jusqu’à 25–30 km), et contrôle sécuritaire prolongé sans nécessité d’une annexion formelle.
Certains experts craignent que le sud du Liban ne devienne un nouveau « Golan » — occupé de fait et transformé en profondeur — ou qu’Israël n’applique au Liban un modèle similaire à Gaza : rendre la zone inhabitable et inutilisable pour son ennemi.
Une occupation à long terme reste néanmoins risquée et coûteuse. L’International Crisis Group rappelle que l’invasion de 1982 s’était transformée en un bourbier stratégique, donnant naissance au Hezbollah que l’armée israélienne cherche aujourd’hui à éliminer. Une présence prolongée dans un sud vidé de ses habitants pourrait favoriser une nouvelle guerre d’usure, particulièrement coûteuse en vies et en ressources.
L’issue finale dépendra de l’évolution de la confrontation régionale avec l’Iran et de la capacité — ou de la volonté — du gouvernement libanais à reprendre le contrôle de son territoire et à faire respecter la résolution 1701 de l’ONU.
