Le Liban tente de renforcer l’autorité de l’État et interdit les armes des groupes non étatiques
Beyrouth – Dans un contexte de forte escalade sécuritaire, le gouvernement libanais a adopté, jeudi, une décision majeure visant à interdire la présence d’armes détenues par des groupes non étatiques dans la capitale, Beyrouth. Cette mesure intervient au lendemain de frappes meurtrières qui ont durement touché la ville et aggravé les tensions déjà explosives dans la région.
Selon le communiqué officiel, le Premier ministre Nawaf Salam a demandé à l’armée et aux forces de sécurité d’« étendre immédiatement le contrôle de l’État sur la région de Beyrouth » et de restreindre strictement le port d’armes aux seules institutions sécuritaires légales. Le gouvernement justifie cette décision par la nécessité urgente de protéger les civils et de restaurer l’autorité de l’État dans une capitale fragilisée par des violences répétées.
Cette orientation remet au centre du débat national la question sensible du monopole de la force armée, longtemps contestée au Liban. Dans ce cadre, le Hezbollah occupe une place centrale, étant le seul acteur non étatique à conserver un arsenal militaire structuré depuis la fin de la guerre civile, une réalité qui continue de diviser profondément la scène politique libanaise.
La décision gouvernementale a d’ailleurs révélé des tensions internes au sein de l’exécutif : les deux ministres issus du Hezbollah s’y sont opposés, selon le porte-parole du cabinet Paul Morcos, illustrant la fragilité du consensus national sur les questions de souveraineté sécuritaire et de désarmement.
Dans le même temps, le gouvernement a annoncé son intention de saisir en urgence le Conseil de sécurité de l’ONU afin de dénoncer l’intensification des frappes israéliennes sur le territoire libanais, notamment celles ayant visé Beyrouth. Ces attaques, survenues mercredi, auraient fait 203 morts et plus d’un millier de blessés selon un bilan officiel provisoire, alimentant les craintes d’une dangereuse escalade régionale.
Cette double décision — renforcement du monopole étatique des armes et saisine de l’ONU — marque une tentative claire des autorités libanaises de reprendre la main sur une situation sécuritaire devenue explosive. Mais dans un pays profondément fragmenté, sa mise en œuvre s’annonce complexe et hautement sensible.
