Détérioration critique de la santé de Rached Ghannouchi en prison : Ennahdha exige sa libération immédiate

Détérioration critique de la santé de Rached Ghannouchi en prison : Ennahdha exige sa libération immédiate

Le mouvement tunisien Ennahdha a annoncé, ce jeudi 30 avril 2026, une détérioration alarmante de l’état de santé de son leader historique, Rached Ghannouchi, incarcéré depuis plus de trois ans dans une prison tunisienne. Âgé de 84 ans et souffrant de maladies chroniques, le fondateur du parti islamiste a été transféré en urgence vers un hôpital pour y recevoir des soins intensifs et une surveillance médicale prolongée. Cette nouvelle intervient dans un contexte de tensions politiques exacerbées en Tunisie, où Ghannouchi cumule des peines de prison s’élevant à plusieurs décennies pour diverses affaires judiciaires controversées.

Dans un communiqué officiel, Ennahdha décrit un « déclin aigu » de la santé de son président, imputant cette situation à des conditions de détention inhumaines. Le mouvement renouvelle avec force sa demande de libération immédiate de Ghannouchi, qualifiant sa détention d’« arbitraire » et illégale. Il s’appuie notamment sur la décision n° 63/2025 du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui conclut que les poursuites contre Ghannouchi visent essentiellement sa liberté d’opinion et d’expression, sans fondement juridique ou factuel solide. « Le lieu naturel de Rached Ghannouchi est chez lui, libre parmi les siens, conformément à cette décision onusienne obligatoire et aux traités internationaux ratifiés par la Tunisie, ainsi qu’à son droit constitutionnel à une prise en charge sanitaire adéquate », martèle le parti.

L’arrestation de Ghannouchi remonte au 17 avril 2023, lorsque des forces de sécurité ont perquisitionné son domicile et l’ont interpellé pour des déclarations jugées « incitant au chaos et à la désobéissance ». Depuis, une série de condamnations s’est abattue sur lui et d’autres cadres d’Ennahdha. Le 15 avril 2026, un tribunal tunisien l’a condamné à 20 ans de prison dans l’affaire médiatiquement baptisée « la samâra ramadanesque », aux côtés de trois autres responsables du mouvement. En février 2026, la cour d’appel de Tunis a alourdi une peine précédente de 14 à 20 ans dans le dossier dit « complot contre la sûreté de l’État 2 ». D’autres sentences ont suivi : 3 ans en janvier 2026 pour « financement étranger », et 2 ans en novembre 2025 pour un don d’une récompense internationale reçue en 2016 à la Croix-Rouge tunisienne.

Ghannouchi boycotte systématiquement ses procès, les dénonçant comme une « règle de comptes politique ». Les autorités tunisiennes, de leur côté, affirment l’indépendance totale de la justice, insistant sur le caractère pénal des accusations et niant l’existence de prisonniers politiques. Cependant, une large coalition de l’opposition et d’organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou la FIDH, qualifient ces procédures de « politiquement motivées », outils d’une stratégie plus large visant à museler les voix critiques du président Kaïs Saïed. Ce dernier, au pouvoir depuis 2019, est accusé par ses détracteurs d’autoritarisme croissant, notamment après son autocoup de 2021 suspendant le Parlement et la Constitution.

Cette affaire illustre les fractures profondes de la Tunisie post-révolution de 2011, où Ennahdha, pilier de la transition démocratique, s’oppose frontalement au pouvoir exécutif. Le parti, qui a dirigé le pays lors des premières élections libres, voit en la situation de Ghannouchi un symbole de la régression des libertés. Des manifestations de soutien ont déjà eu lieu, et la communauté internationale, via l’ONU ou l’Union européenne, appelle à respecter les droits humains. Alors que la santé de Ghannouchi reste précaire, la question de son libération pourrait relancer le débat sur l’État de droit en Tunisie, à l’approche d’échéances électorales incertaines.

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