Coup de filet anticorruption en Irak : 47 responsables arrêtés, le gouvernement Zaïdi veut afficher sa fermeté avant Washington
L’Irak a lancé une vaste opération anticorruption qui pourrait marquer un tournant politique pour le nouveau gouvernement d’Ali al-Zaïdi. Quarante-sept responsables, dont plusieurs députés et hauts fonctionnaires, ont été arrêtés dimanche dans le cadre d’une campagne visant des réseaux accusés de corruption, de détournements et de mauvaise gestion.
L’opération, menée par les forces de sécurité irakiennes, a ciblé plusieurs secteurs sensibles, notamment la capitale Bagdad et la zone verte, haut lieu du pouvoir politique où se trouvent les institutions gouvernementales, les ambassades étrangères et les résidences de nombreux responsables. Un important dispositif sécuritaire a été déployé dès les premières heures de la matinée, avec des véhicules blindés observés dans le secteur.
Selon l’agence de presse nationale INA, les suspects sont poursuivis pour des affaires de corruption impliquant notamment des responsables parlementaires et un cadre du ministère du Pétrole. Les arrestations auraient été déclenchées à partir d’informations obtenues après l’interpellation d’Adnan al-Joumaïli, ministre adjoint du Pétrole chargé du raffinage, arrêté le mois dernier.
Cette affaire intervient alors que la justice irakienne a annoncé la saisie de plus de 85 millions de dollars liés à un vaste dossier de corruption. Pour le Premier ministre Ali al-Zaïdi, arrivé au pouvoir en mai, cette offensive vise à démontrer que son gouvernement entend rompre avec des décennies de pratiques ayant affaibli les institutions de l’État.
Au-delà de la lutte contre la corruption, l’opération semble également répondre à des enjeux géopolitiques majeurs. Un responsable sécuritaire irakien cité par l’AFP affirme que cette campagne vise aussi les circuits de financement de certaines factions armées ainsi que la contrebande de dollars et de pétrole, notamment en lien avec des groupes proches de l’Iran.
Washington exerce depuis plusieurs mois des pressions sur Bagdad pour réduire l’influence des groupes armés qu’il considère comme une menace sécuritaire. La question du monopole des armes par l’État est devenue l’un des dossiers centraux du nouveau gouvernement, alors que l’Irak tente de préserver un équilibre fragile entre ses deux principaux partenaires : les États-Unis et l’Iran.
La coïncidence entre cette opération et la visite à Bagdad du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi souligne la complexité du moment politique irakien. Entre rapprochement avec Washington, maintien des relations avec Téhéran et volonté de restaurer l’autorité de l’État, Ali al-Zaïdi cherche à imposer une nouvelle image de gouvernance.
Cette offensive intervient également à l’approche de son premier déplacement officiel à l’étranger, prévu aux États-Unis à la mi-juillet. Le Premier ministre irakien espère y convaincre les investisseurs de revenir dans un pays dont les infrastructures restent fragilisées par des années de guerres et de crises.
Mais derrière cette démonstration de force se pose une question essentielle : cette vague d’arrestations constitue-t-elle le début d’une véritable réforme institutionnelle ou seulement une opération politique destinée à répondre aux attentes internationales ? Les prochains mois seront décisifs pour mesurer la capacité du nouveau pouvoir à s’attaquer aux réseaux profondément enracinés dans l’appareil d’État irakien.
