« Les restes humains ne sont pas des objets de collection » : le Congo veut rapatrier les crânes africains conservés dans les musées européens

« Les restes humains ne sont pas des objets de collection » : le Congo veut rapatrier les crânes africains conservés dans les musées européens

La République démocratique du Congo relance un débat historique qui touche aux blessures encore ouvertes de la période coloniale : celui de la restitution des restes humains africains conservés dans les institutions européennes.

La Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, a officiellement demandé le retour de plusieurs centaines de crânes humains emportés durant l’époque coloniale et aujourd’hui conservés notamment en Belgique. Pour Kinshasa, ces dépouilles ne peuvent plus être considérées comme des pièces de musée ou des objets scientifiques, mais comme les restes de personnes qui doivent retrouver une sépulture digne sur leur terre d’origine.

Dans une correspondance adressée aux autorités belges, la cheffe du gouvernement congolais a insisté sur un principe moral et historique : « les restes humains ne sont pas des objets de collection ». Elle réclame ainsi la restitution des ossements conservés dans des institutions comme le Muséum des Sciences naturelles de Bruxelles, estimant qu’ils appartiennent à des victimes d’une époque marquée par la domination coloniale et des pratiques aujourd’hui largement condamnées.

Selon plusieurs travaux historiques, des centaines de restes humains provenant de l’actuelle République démocratique du Congo, mais aussi du Rwanda et du Burundi, se trouvent encore dans des collections européennes. Beaucoup furent prélevés au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, dans un contexte où les théories raciales et certaines pratiques scientifiques coloniales servaient parfois à justifier la hiérarchisation des peuples.

Un héritage de la science coloniale

Pendant la période coloniale, la craniologie — l’étude des caractéristiques du crâne — a été utilisée par certains chercheurs pour défendre des théories aujourd’hui considérées comme racistes et sans fondement scientifique. Des populations colonisées furent alors transformées en sujets d’expérimentation, leurs restes étant transportés vers l’Europe pour alimenter des collections universitaires et muséales.

Ces pratiques ont laissé derrière elles un héritage controversé. Pour de nombreux pays africains, conserver ces restes humains revient à prolonger une forme de dépossession symbolique, longtemps après la fin officielle du colonialisme.

Le dossier congolais s’inscrit dans un mouvement plus large de demandes de restitution à travers le continent africain. Plusieurs pays réclament depuis des années le retour d’objets culturels, mais aussi de restes humains emportés pendant les périodes de conquête et d’administration coloniale.

En Europe, plusieurs musées ont commencé à revoir leurs collections, à mener des recherches sur leur provenance et à engager des discussions avec les pays d’origine. Mais les procédures restent souvent longues, en raison des obstacles juridiques, administratifs et scientifiques.

Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse toutefois la question patrimoniale. Il s’agit d’un acte de reconnaissance historique et de respect envers des personnes dont les dépouilles ont été déplacées sans leur consentement.

La demande congolaise pose ainsi une question essentielle : combien de temps encore les restes des victimes de l’histoire coloniale resteront-ils conservés derrière les vitrines ou dans les réserves des musées européens, alors que leurs descendants réclament leur retour ?

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