Kordofan soudanais : El-Obeid sous la menace d’une offensive des paramilitaires, les civils pris au piège

Kordofan soudanais : El-Obeid sous la menace d’une offensive des paramilitaires, les civils pris au piège

Dans le Kordofan soudanais, la peur gagne du terrain. À El-Obeid, ville stratégique de près d’un demi-million d’habitants, les habitants redoutent une nouvelle offensive majeure des Forces de soutien rapide (FSR), les paramilitaires qui affrontent l’armée soudanaise depuis plus de trois ans dans une guerre qui a plongé le pays dans l’une des plus graves crises humanitaires au monde.

À quelques kilomètres de la ville, dans le camp de déplacés d’Al-Rahmaniyah, la survie quotidienne est devenue une épreuve. Sous une chaleur écrasante, des femmes parcourent de longues distances pour chercher une eau souvent impropre à la consommation. Agsam Hamad, mère de sept enfants, raconte le désespoir de familles privées de ressources essentielles : « Nous avons besoin de nourriture et d’eau potable ».

El-Obeid est devenue un objectif militaire majeur en raison de sa position stratégique. Située au carrefour entre les régions contrôlées par l’armée à l’est, notamment Khartoum, et les territoires du Darfour dominés par les FSR à l’ouest, la ville représente un enjeu décisif pour le contrôle du pays.

Ces dernières semaines, les attaques des paramilitaires se sont intensifiées. Des frappes de drones ont visé des infrastructures essentielles, notamment la centrale électrique et des dépôts de carburant, plongeant plusieurs quartiers dans l’obscurité et perturbant l’approvisionnement en eau. Les habitants dépendent désormais de solutions de fortune : camions-citernes, puits et points de distribution limités.

L’inquiétude de la communauté internationale s’est renforcée après les avertissements de l’ONU sur une possible offensive terrestre des FSR autour d’El-Obeid. Les craintes rappellent le scénario d’El-Facher, au Darfour, tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier après une offensive décrite par l’ONU comme présentant des caractéristiques génocidaires.

Des mouvements de troupes ont été signalés autour d’El-Obeid, alimentant les inquiétudes d’un assaut imminent. Pour les analystes, la prise de cette ville permettrait aux FSR de consolider leur emprise sur l’ouest du Soudan et pourrait leur ouvrir une voie stratégique vers la capitale.

« Contrôler El-Obeid, c’est une question de pouvoir, de territoire et d’argent », estime l’analyste Kholood Khair, soulignant l’importance militaire et économique de la ville, qui abrite notamment une base aérienne, une division d’infanterie, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

À l’intérieur de la ville, les habitants vivent dans une atmosphère permanente de peur. Les drones sont devenus une présence quotidienne dans le ciel, tandis que les restrictions et les combats rendent presque impossible l’accès humanitaire.

Le coût de la vie a explosé : le prix de l’eau a doublé, celui des denrées alimentaires a augmenté jusqu’à 300 %, tandis que les transports deviennent hors de portée pour de nombreuses familles. Pour beaucoup, El-Obeid ressemble désormais à une ville assiégée.

Dans les camps de déplacés, les conditions sont dramatiques. Des centaines de familles survivent dans des abris précaires, sans eau suffisante, sans nourriture et sans équipements de base. Les aides humanitaires, qui avaient permis un soutien temporaire, deviennent de plus en plus rares.

Les organisations internationales redoutent qu’El-Obeid connaisse le même sort qu’El-Facher, où des milliers de civils auraient péri après des mois de siège et de combats. L’Organisation internationale pour les migrations avertit que la ville pourrait bientôt atteindre un point critique, où les habitants ne pourraient « ni partir ni revenir ».

Les deux camps s’accusent mutuellement d’utiliser les civils dans la bataille. L’armée affirme tenter de ralentir l’avancée des paramilitaires, tandis que les FSR accusent leurs adversaires de transformer la population en « boucliers humains ».

Mais au-delà des accusations militaires, ce sont les civils qui restent les principales victimes. Dans une ville déjà fragilisée par la guerre, la menace d’une nouvelle offensive fait planer le spectre de pillages, de violences sexuelles et d’attaques contre les populations soupçonnées de soutenir l’un ou l’autre camp.

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