Damas saisit une cargaison d’armes du Hezbollah venue d’Irak

Damas saisit une cargaison d’armes du Hezbollah venue d’Irak

Le ministère syrien de l’Intérieur affirme avoir intercepté, à la frontière syro-irakienne, une «énorme cargaison d’armes sophistiquées» (missiles longue portée, missiles antichars guidés, drones) destinée au Hezbollah au Liban. Première saisie annoncée via cet axe, l’opération marque une escalade dans la traque des réseaux iraniens et ouvre un nouveau chapitre des tensions régionales, alors que Donald Trump évoque un rôle accru de la Syrie contre le Hezbollah.

Dans un communiqué publié jeudi, le ministère syrien de l’Intérieur a indiqué avoir «déjoué une tentative de contrebande d’une énorme cargaison d’armes sophistiquées» transitant par la frontière syro-irakienne, avant même qu’elle ne pénètre sur le territoire syrien.

Selon Damas, l’opération a permis la saisie d’un système d’armes comprenant des missiles à longue portée, des missiles antichars guidés et des drones. Les autorités affirment que la cargaison devait traverser la Syrie pour atteindre le Liban «au profit de la milice terroriste Hezbollah», selon la formulation utilisée dans le communiqué officiel.

Cette annonce tranche avec les précédentes: jusqu’ici, les saisies syriennes liées au Hezbollah avaient été signalées principalement sur l’axe libanais. C’est la première fois que le nouveau pouvoir syrien mentionne explicitement la frontière avec l’Irak comme point d’interception d’un flux d’armes destiné au parti chiite.

Le ministère affirme poursuivre les enquêtes «afin de faire la lumière sur toutes les circonstances de l’affaire», sans donner pour l’instant de détails sur l’origine exacte des armes, les commanditaires ou les réseaux logistiques utilisés.

Hostile au Hezbollah, allié clé du régime déchu de Bachar al-Assad, le nouveau pouvoir syrien a multiplié depuis plusieurs mois les opérations contre les réseaux restants de la milice et de ses affidés. Damas a déjà annoncé à plusieurs reprises des saisies d’armes destinées au Hezbollah près de la frontière libanaise, mais l’élargissement à l’axe irakien signale une volonté de frapper plus en amont les chaînes logistiques reliant Téhéran à ses alliés régionaux.

En mai dernier, les autorités syriennes avaient déjà affirmé avoir déjoué un «complot terroriste de grande envergure» et démantelé une cellule du Hezbollah sur leur sol, accusation que le parti avait alors catégoriquement niée. En février, une autre cellule avait été arrêtée après des attaques visant la région de Mezzeh et son aéroport militaire; l’enquête avait pointé des liens avec des «entités étrangères» et un approvisionnement en missiles et drones provenant du Hezbollah, selon Damas.

Cette saisie intervient alors que le dossier du Hezbollah est devenu un sujet de discussion directe entre Washington et Damas. En juin, Donald Trump a déclaré avoir discuté avec le président syrien Ahmed al-Charia (al-Joulani) de la lutte contre le Hezbollah au Liban, estimant que la Syrie pourrait «gérer» ce dossier «différemment» d’Israël, tout en critiquant les méthodes israéliennes et les pertes civiles.

Des rapports ont fait état de pressions américaines pour que la Syrie envisage un déploiement de troupes dans l’est libanais afin d’aider au désarmement du Hezbollah, mais Damas a jusqu’ici écarté l’idée d’une intervention militaire directe au Liban, qualifiant ces rumeurs de «totalement infondées». Le président syrien assure toutefois que son pays dispose de «nombreux outils pour influencer l’intérieur du Liban» et n’exclut pas une forme de négociation avec le Hezbollah si cela sert les intérêts libanais et syriens.

En mentionnant pour la première fois la frontière irakienne, Damas signale soit une réelle mutation des routes d’approvisionnement du Hezbollah, soit une volonté politique de montrer qu’elle contrôle aussi cet axe stratégique entre l’Iran et le Levant.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, l’opération est un message clair: le nouveau régime syrien ne tolérera plus que son territoire serve de corridor à l’Iran et à ses proxies, même si cela passe par des confrontations indirectes avec les réseaux encore actifs du Hezbollah.

Dans la logique de Trump, une Syrie plus ferme contre le Hezbollah réduit la pression sur Israël et ouvre la possibilité d’un «délégation» partielle du dossier à Damas, à condition que le régime syrien tienne ses engagements sans se transformer en nouveau foyer d’instabilité.

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