Libye: qui se cache derrière les frappes de drones à Zawiya ? La raffinerie et le réseau électrique menacés?

Libye: qui se cache derrière les frappes de drones à Zawiya ? La raffinerie et le réseau électrique menacés?

Une nouvelle explosion survenue samedi à proximité de la centrale électrique de Zawiya, dans l’ouest de la Libye, a mis plusieurs unités de production hors service et fortement perturbé l’alimentation électrique de la ville. La Compagnie générale d’électricité de Libye a indiqué que ses équipes techniques étaient mobilisées afin de rétablir progressivement le courant et de limiter l’impact de l’incident sur les habitants.

Cette explosion intervient après une série d’attaques ayant ciblé, ces derniers jours, plusieurs infrastructures énergétiques stratégiques de Zawiya. Une station électrique a été incendiée, un important réservoir de carburant a été touché et plusieurs installations essentielles au fonctionnement du secteur énergétique ont subi des dégâts.

La succession de ces incidents soulève désormais une question centrale : qui se trouve derrière ces attaques et, surtout, quels intérêts cherchent-elles à servir ?

Quelques jours avant l’explosion près de la centrale, un poste de transformation situé au sud de Zawiya avait déjà été pris pour cible. L’installation avait été entièrement ravagée par les flammes, provoquant une importante coupure d’électricité dans plusieurs quartiers de la ville.

Les infrastructures pétrolières n’ont pas davantage été épargnées. Un réservoir contenant environ 13 millions de litres d’essence a notamment été touché. L’incendie s’est prolongé pendant plusieurs jours avant d’être maîtrisé, occasionnant d’importantes pertes économiques et faisant également craindre des conséquences environnementales.

La répétition et la diversité des cibles rendent la situation particulièrement préoccupante. Les attaques affectent désormais plusieurs maillons du système énergétique : production d’électricité, transformation, stockage de carburant et infrastructures pétrolières.

Si l’hypothèse d’attaques coordonnées venait à être confirmée, elle pourrait traduire une volonté de peser directement sur les équilibres économiques, sécuritaires et politiques de l’ouest libyen.

Les moyens utilisés lors de certaines frappes constituent un élément particulièrement sensible du dossier. Les appareils employés seraient notamment des drones FPV kamikazes, dont certains fonctionneraient au moyen d’une liaison par fibre optique, une technologie permettant notamment de maintenir une transmission stable dans des environnements où les communications radio peuvent être perturbées.

Des images recueillies après les attaques auraient permis d’identifier ce type de matériel. Selon des sources militaires, des systèmes de lancement de drones d’origine ukrainienne seraient également présents dans une base liée à la brigade 111, dirigée par Abdessalam Zoubi.

Ces informations alimentent les soupçons visant certaines factions proches du gouvernement de Tripoli. Elles ne constituent toutefois pas, à ce stade, une preuve de leur implication directe dans les attaques. Aucun élément public ne permet encore d’établir avec certitude qui a ordonné les frappes, qui les a exécutées ou depuis quelles positions les drones ont été lancés.

La question fondamentale demeure donc celle des capacités opérationnelles : qui dispose des drones, des systèmes de lancement, du renseignement nécessaire et des moyens techniques permettant de frapper avec précision des installations aussi sensibles ?

Plusieurs voix en Libye réclament désormais que ces drones soient retirés des mains des milices et placés sous un contrôle institutionnel, afin d’éviter que des équipements militaires sophistiqués ne puissent être utilisés par des groupes armés échappant à l’autorité de l’État.

Un autre élément intrigue particulièrement les observateurs. Des travailleurs de la centrale électrique ciblée, parmi lesquels figuraient des ressortissants étrangers et américains, auraient été évacués le matin même de l’attaque.

Cette évacuation soulève plusieurs interrogations : une menace avait-elle été détectée à l’avance ? Les autorités disposaient-elles d’informations faisant état d’une attaque imminente ? Ou cette décision résultait-elle simplement de la dégradation de la situation sécuritaire ?

À ce stade, aucune de ces hypothèses ne peut être privilégiée avec certitude. Mais si l’évacuation avait été décidée sur la base d’informations précises concernant une menace imminente, elle pourrait apporter un éclairage important sur la préparation de l’opération et sur le niveau d’information dont disposaient les différents acteurs.

Les États-Unis ont demandé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les circonstances exactes des frappes. Mais en Libye, l’établissement des responsabilités demeure particulièrement complexe depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. La fragmentation des institutions, la faiblesse de l’autorité centrale et la multiplication des groupes armés rendent difficile l’identification des chaînes de commandement et des véritables donneurs d’ordre.

Alors que les tensions étaient particulièrement fortes à Zawiya, une réunion sécuritaire inattendue a rassemblé Mohamed Bahroun, dit « Al-Far », figure influente des groupes armés de la ville, Ibrahim Dbeibah, neveu et conseiller du Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, ainsi que Sofiane Chibani, ambassadeur de Libye aux Émirats arabes unis.

Cette rencontre a immédiatement attiré l’attention en raison du contexte dans lequel elle s’est tenue. Al-Far entretenait jusque-là des relations tendues avec le gouvernement de Tripoli, tandis que Zawiya était confrontée à de nouveaux affrontements entre groupes rivaux.

Une photographie prise après la réunion a montré les trois hommes réunis dans une atmosphère particulièrement détendue. Plus troublant encore, selon plusieurs informations, les frappes de drones auraient cessé peu après cette rencontre.

Dans ce scénario, la raffinerie, la centrale électrique et les installations de stockage ne seraient plus seulement des cibles. Elles pourraient devenir de véritables instruments de pression et de pouvoir.

Pour les habitants de Zawiya, les conséquences sont immédiates : multiplication des risques de coupures, alimentation électrique plus instable et pression supplémentaire sur des infrastructures publiques déjà fragilisées.

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