Conakry, 31 décembre 2025 – Le général Mamady Doumbouya, chef de la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle guinéenne selon les résultats provisoires annoncés mardi. Avec 86,72 % des suffrages exprimés, Doumbouya évite ainsi un second tour et s’apprête à entamer un mandat de sept ans, officialisant un retour au pouvoir civil sur le papier, mais dans un contexte politique fortement encadré.
Âgé d’une quarantaine d’années et ancien commandant des forces spéciales, Doumbouya avait renversé le président Alpha Condé, en fonction depuis 2010, dans un pays marqué par neuf coups d’État en Afrique de l’Ouest et centrale depuis 2020. Sa victoire, largement anticipée, survient dans un paysage électoral fragmenté : les figures historiques de l’opposition, comme Condé et Cellou Dalein Diallo, sont en exil, et huit candidats mineurs se sont présentés face à lui.
La candidature de Doumbouya représentait un renversement des règles initiales : la charte adoptée après le coup d’État interdisait aux membres de la junte de briguer la présidence. Cette interdiction a été levée via un référendum en septembre dernier, permettant au chef militaire de se présenter malgré sa promesse initiale de ne pas le faire.
La Commission électorale nationale, présidée par Djenabou Touré, a annoncé un taux de participation national de 80,95 %. Cependant, cette estimation est contestée par des responsables de l’opposition et des observateurs, qui évoquent une affluence nettement moindre, notamment à Conakry. La candidate de l’opposition Faya Lansana Millimono a dénoncé des « fraudes systématiques » et des entraves au travail des observateurs.
Sur le plan économique, Doumbouya s’est construit une image de dirigeant dynamique, en particulier dans la gestion des ressources stratégiques de la Guinée. Le pays possède les plus importantes réserves de bauxite au monde et le plus riche gisement de minerai de fer inexploité à Simandou, dont l’exploitation a officiellement commencé le mois dernier. Le gouvernement a récemment révoqué la licence de Guinea Alumina Corporation, filiale d’Emirates Global Aluminium, pour la transférer à une entreprise publique, illustrant un virage vers un nationalisme des ressources déjà observé dans d’autres pays de la région.
Pourtant, cette popularité économique contraste avec un espace politique fortement restreint. L’ONU et des organisations de la société civile dénoncent des atteintes aux libertés fondamentales : interdiction de manifestations, restriction de la liberté de la presse et intimidations de l’opposition. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a souligné une période de campagne « sévèrement restreinte, marquée par des disparitions forcées à motivation politique et des atteintes à la liberté des médias ».

























