Venezuela : des familles de prisonniers politiques entament une grève de la faim devant la prison de « Zona 7 » à Caracas
Caracas (AFP) – Dans un geste de désespoir et de pression politique, une dizaine de proches de détenus politiques ont entamé samedi 14 février une grève de la faim devant l’entrée de la prison dite « Zona 7 », dans l’est de Caracas, réclamant la libération immédiate de leurs proches et l’adoption d’une loi d’amnistie promise par les autorités.
Cette mobilisation intervient après que l’Assemblée nationale vénézuélienne, toujours contrôlée par le parti au pouvoir, a reporté une nouvelle fois l’adoption d’une loi d’amnistie qui doit conduire à la libération de tous les prisonniers politiques. Le débat, initialement prévu jeudi dernier, a achoppé sur des désaccords entre députés concernant notamment les conditions d’application de la mesure.
Les femmes participant à la grève de la faim — toutes proches de détenus incarcérés pour des motifs politiques — se sont allongées en ligne devant l’établissement pénitentiaire, portant des masques sanitaires et annonçant qu’elles n’arrêteraient pas leur action « jusqu’à ce qu’ils sortent tous ». Plusieurs d’entre elles campent devant la prison depuis des semaines dans l’espoir d’une libération rapide, après des promesses restées largement lettre morte.
Evelin Quiaro, 46 ans, employée dans un service public et mère d’un prisonnier détenu depuis novembre 2025, a déclaré qu’elle n’était « pas préparée » à cette grève, mais qu’elle refusait de repartir sans voir la libération complète de son fils et des autres détenus.
Dans la nuit de vendredi à samedi, 17 prisonniers politiques ont été libérés de la « Zona 7 » dans le cadre des engagements entourant la future loi d’amnistie, selon les autorités parlementaires. Cependant, ces libérations restent symboliques au regard du nombre total des prisonniers politiques encore détenus : selon l’ONG Foro Penal, 431 prisonniers ont bénéficié d’une libération conditionnelle, mais environ 644 sont toujours derrière les barreaux.
Ce nombre élevé de détenus politiques — souvent accusés de « terrorisme », « association de malfaiteurs » ou d’autres chefs liés à des motifs politiques — illustre la lenteur et l’imprévisibilité du processus de libération, malgré les promesses officielles.
La loi d’amnistie historique, promise le 30 janvier par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, visait à mettre fin à des années de répression politique et à libérer des centaines de dissidents détenus sous les administrations de Hugo Chávez et de Nicolás Maduro.
Pour l’heure, l’adoption complète de ce texte reste incertaine, et les débats parlementaires ont été marqués par de fortes divergences sur ses modalités. Les familles de prisonniers, les organisations de défense des droits humains et une partie de l’opposition dénoncent une mise en œuvre trop lente et trop restrictive, tout en appelant à une libération totale et immédiate.
