Al Baraka Algérie : des résultats exceptionnels annoncés trop tôt…ou trop gros pour être vrais ?

Al Baraka Algérie : des résultats exceptionnels annoncés trop tôt…ou trop gros pour être vrais ?

Lors de l’inauguration d’une nouvelle agence dans le quartier d’affaires de Bab Ezzouar à Alger, le directeur général de la Banque Al Baraka Algérie, Abdelmouneim Othmani Marabout, a présenté des chiffres ambitieux pour l’année 2025. Selon lui, l’établissement aurait injecté dans l’économie nationale un volume de financements islamiques dépassant 200 milliards de dinars (plus de 20 billions de centimes), accompagné d’une hausse des bénéfices nets de plus de 50 % par rapport à 2024. Pour l’année en cours, la banque table sur une croissance comprise entre 40 et 50 %, grâce à l’extension de son réseau – désormais 34 agences –, à la digitalisation et à de nouvelles solutions numériques.

Ces annonces s’inscrivent dans un contexte de valorisation du rôle de la banque dans le soutien à l’investissement productif, en conformité avec les principes de la charia et les orientations des autorités. L’événement coïncidait par ailleurs avec les célébrations de Yennayer, le Nouvel An amazigh, mis en avant comme symbole de travail et de solidarité.

Cependant, plusieurs éléments invitent à la prudence. Le directeur général n’a officiellement pris ses fonctions que le 1er janvier 2025, après avoir été directeur général adjoint principal depuis septembre 2024. Annoncer des résultats annuels aussi détaillés dès le 11 janvier 2026 semble donc prématuré. En Algérie, les bilans financiers annuels des banques sont validés par audit et supervisés par la Banque d’Algérie, et leur publication intervient généralement plusieurs mois après la clôture de l’exercice, souvent au printemps ou en été.

À ce jour, aucune source publique ne confirme ces chiffres. Le site officiel de la banque (albaraka-bank.dz) ne mentionne aucun bilan 2025 ni de financements à hauteur de 200 milliards DA. Les dernières données disponibles font état d’un portefeuille d’investissement de 54,55 milliards DA, représentant environ 60 % des financements totaux (soit près de 110 milliards DA pour l’année précédente). Doubler ce volume en une seule année constituerait une accélération exceptionnelle pour une institution de taille moyenne, dans un marché où la finance islamique reste minoritaire face aux banques conventionnelles. Pour rappel, l’encours total des produits islamiques dans le système bancaire algérien s’élevait à environ 458 milliards DA fin 2023, avec Al Baraka et Al Salam dominant à environ 80 %.

Ces annonces interviennent par ailleurs dans un contexte de communication active depuis la nomination du DG : partenariats (Fiat Algérie, plateformes digitales, webinaires Turquie-Algérie), participation à des événements (FIA 2025, congrès sur la finance islamique) et ambition affichée de devenir le leader des banques privées en Algérie, comme il l’a déclaré dans une interview à El Watan. Ces initiatives renforcent la visibilité de l’établissement, mais sans publication de rapports audités ou de données officielles de la Banque d’Algérie, les montants cités restent pour l’instant des indications internes non vérifiées.

Dans un secteur en mutation, marqué par la diversification économique, l’essor de la finance participative et la digitalisation, de telles projections peuvent servir à consolider la confiance des clients et partenaires. Si elles se confirment, elles marqueront une étape majeure pour Al Baraka Algérie. Dans le cas contraire, elles risquent d’être perçues comme une surenchère optimiste, voire prématurée.

Les premiers éléments officiels – rapports annuels et communiqués de la Banque d’Algérie – permettront d’éclaircir la situation dans les prochains mois. Pour l’heure, les 200 milliards DA et la hausse de 50 % des bénéfices demeurent donc une ambition forte… qui appelle confirmation.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *