La présidente par intérim du Venezuela affirme en avoir « assez » des ordres américains
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, a affirmé dimanche en avoir « assez » des injonctions de Washington, marquant ainsi une prise de distance inédite vis-à-vis des États-Unis, pourtant principaux soutiens de son accession au pouvoir après l’arrestation spectaculaire de l’ancien président Nicolás Maduro.
S’exprimant devant des travailleurs du secteur pétrolier à Puerto La Cruz, dans un discours retransmis par la télévision d’État, Rodríguez a dénoncé l’ingérence américaine dans les affaires intérieures du pays :
« Ça suffit les ordres de Washington sur les politiciens vénézuéliens. La politique vénézuélienne doit résoudre ses propres conflits », a-t-elle déclaré, sous les applaudissements de l’assistance.
Si Donald Trump avait initialement affirmé que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela après l’arrestation de Maduro, il a finalement choisi de soutenir Delcy Rodríguez comme présidente par intérim, la présentant comme une figure capable d’assurer une transition ordonnée. Mais ce soutien s’est rapidement accompagné d’exigences lourdes.
Selon plusieurs responsables américains, l’administration Trump a conditionné son appui à une série de mesures drastiques : rupture des relations diplomatiques avec la Chine, l’Iran, la Russie et Cuba, alignement stratégique exclusif avec Washington, et priorité accordée aux compagnies américaines pour l’exploitation et l’exportation du pétrole vénézuélien.
Or, ces demandes ont suscité un profond malaise à Caracas. « Notre République a payé un prix trop élevé pour les conséquences du fascisme et de l’extrémisme. Nous ne pouvons pas remplacer une tutelle par une autre », a martelé Rodríguez.
Sur le plan intérieur, le Venezuela demeure traversé par de fortes fractures politiques. Les fidèles de Maduro dénoncent ce qu’ils qualifient de « coup d’État déguisé », tandis que l’opposition de gauche et les « chavistes non-maduristes » espèrent une refondation du projet bolivarien, débarrassé de ce qu’ils considèrent comme la dérive autoritaire et corrompue de l’ancien régime.
Les frappes américaines sur Caracas début janvier, suivies d’explosions dans plusieurs sites militaires, dont le complexe stratégique de Fuerte Tiuna, ont laissé des traces profondes dans l’opinion publique. Si une partie de la population espère un retour rapide à la stabilité économique, d’autres redoutent une perte définitive de souveraineté.
Au centre de toutes les tensions se trouve l’or noir. Le Venezuela détient les plus importantes réserves mondiales de pétrole brut extra-lourd, une ressource stratégique que les États-Unis considèrent comme essentielle pour leur sécurité énergétique.
Washington souhaite relancer rapidement la production, aujourd’hui à l’arrêt ou très dégradée, en confiant un rôle central à ses propres compagnies pétrolières. Une perspective qui inquiète certains cercles nationalistes à Caracas, pour qui cela reviendrait à transformer le Venezuela en simple appendice énergétique des États-Unis.
