Macron, aux côtés du Danemark et du Groenland, alerte sur un « réveil stratégique » pour l’Europe face à la menace américaine
Ce 28 janvier à l’Élysée, la rencontre entre Emmanuel Macron, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen dépasse largement le cadre d’une simple visite diplomatique. En affichant sa solidarité avec Copenhague et Nuuk, le président français acte publiquement une rupture historique dans la lecture stratégique européenne : pour la première fois depuis 1945, un chef d’État européen reconnaît, même à mots feutrés, que la principale menace géopolitique pour le continent peut provenir de son allié américain.
Quelques jours après le recul spectaculaire de Donald Trump sur son projet d’annexion du Groenland, Paris a servi de scène à un message politique inédit : l’Europe ne peut plus se considérer comme un simple prolongement de la puissance américaine. L’ère de la protection automatique est terminée.
Le vocabulaire choisi par Macron est révélateur : « réveil stratégique », « souveraineté européenne », « lutte contre les ingérences », « autonomie ». Il ne s’agit plus de coopération transatlantique, mais d’émancipation. Derrière les formules diplomatiques, se dessine une rupture intellectuelle profonde : l’Europe doit désormais envisager sa sécurité sans dépendre d’un acteur devenu imprévisible, transactionnel et parfois ouvertement néo-impérial.
Le paradoxe de l’époque est saisissant : ce ne sont plus seulement Moscou ou Pékin qui menacent l’ordre mondial, mais aussi les États-Unis. L’Amérique adopte désormais le langage qu’elle dénonçait hier : force brute, chantage, domination.
En se posant en garant politique de Copenhague et de Nuuk, Macron rompt un tabou : il affirme que la sécurité européenne ne peut plus dépendre d’un partenaire capable de menacer ses propres alliés. L’appel à un renforcement du rôle de l’OTAN dans l’Arctique souligne ce malaise structurel : l’Alliance atlantique est désormais mobilisée pour contenir les dérives stratégiques de son principal pilier.
Les mots de Mette Frederiksen ont donné à cette séquence une tonalité presque crépusculaire : « L’ordre mondial tel que nous le connaissions est terminé. » Une phrase lourde de sens, qui sonne comme l’épitaphe du monde post-guerre froide. Le Groenland, longtemps périphérie silencieuse, devient désormais un symbole central de la lutte pour la souveraineté politique.
Le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a exprimé la gratitude de son peuple : « Vous nous avez soutenus sans hésitation dans une situation extrêmement difficile. Nous n’oublierons pas. » Derrière ces mots se lit une vérité profonde : la périphérie arctique se transforme en enjeu stratégique majeur.
La dimension symbolique de la rencontre a culminé lorsque Macron a conclu son discours en kalaallisut, puis en danois. Plus qu’un geste de communication, c’était un acte politique : un message aux peuples et aux puissances que l’Europe commence à parler ses propres langues et à penser avec sa propre grammaire du pouvoir.
L’enjeu dépasse largement l’Arctique. Soit l’Europe accepte sa marginalisation stratégique, réduite à un marché captif sous tutelle américaine, coincée entre Washington, Moscou et Pékin. Soit elle transforme cette crise en rupture fondatrice : capacité militaire autonome, industrie de défense souveraine, diplomatie indépendante, dissuasion crédible, volonté politique assumée.
En proclamant le « réveil stratégique », Macron ne décrit pas une réalité acquise. Il lance une alarme. Et comme toute alarme, elle pose une question brutale : l’Europe est-elle prête à se défendre… même contre ceux qui prétendaient la protéger ?Macron, aux côtés du Danemark et du Groenland, alerte sur un « réveil stratégique » pour l’Europe face à la menace de Washington
