Le Tigré replonge dans l’horreur : la paix imposée balayée par les drones et les frappes aériennes d’Addis-Abeba

Le Tigré replonge dans l’horreur : la paix imposée balayée par les drones et les frappes aériennes d’Addis-Abeba

Quatre ans après une guerre dévastatrice qui a englouti plus de 600 000 vies humaines, le Tigré, région du nord de l’Éthiopie, replonge dans la terreur sous le bourdonnement sinistre des drones. Le 31 janvier 2026, plusieurs frappes aériennes ont ciblé des camions civils, confirmant les pires craintes : la « paix » signée en 2022 à Pretoria n’était qu’une trêve illusoire, un armistice de façade dissimulant les tensions persistantes d’un État en guerre contre ses propres régions périphériques.

Les images diffusées par les médias locaux et les autorités tigréennes dépeignent une scène d’une brutalité glaçante : des véhicules de transport agricole réduits à des carcasses calcinées, un chauffeur tué sur le coup, un assistant grièvement blessé, et des marchandises essentielles – bananes, huile, poivre et autres denrées alimentaires – transformées en débris fumants. Aucune cible militaire n’était en vue, seulement des civils pris au piège de leur quotidien. Ces attaques rappellent cruellement que, dans l’Éthiopie d’aujourd’hui, la ligne entre guerre et vie ordinaire s’est effacée pour de bon.

Les frappes ont eu lieu aux premières heures du matin, entre 3 h 30 et 5 h 30, près des localités d’Enticho et de Gendebta, dans la zone centrale du Tigré. Deux camions Isuzu chargés de provisions ont été visés, selon des sources locales et des témoins humanitaires. Bien que les autorités tigréennes pointent du doigt les Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF), aucune preuve formelle n’a été présentée publiquement, mais le recours à des drones – une signature tactique du gouvernement fédéral – ne laisse guère de doute.

Ce n’est plus une exception : l’usage systématique des drones est devenu une doctrine de gouvernance pour Addis-Abeba. La technologie létale a remplacé la médiation politique, la surveillance armée a supplanté le dialogue national. Déployés massivement contre le Tigré entre 2020 et 2022, puis contre les milices Fano en Amhara, ces engins permettent une guerre « propre » depuis les airs – mais en réalité, c’est une guerre d’usure invisible, où la responsabilité politique se noie dans le silence des radars. Ces incidents s’inscrivent dans un contexte d’escalade récente : dès le 29 janvier 2026, des affrontements ont opposé les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) aux troupes fédérales dans l’ouest de la région, forçant l’évacuation d’habitants à Alamata.

Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers Mekele pour plusieurs jours, un signal alarmant d’une escalade imminente. Quand les avions civils s’immobilisent, la guerre n’est jamais loin. Ce climat évoque les prémices du conflit de 2020, lorsque les autorités minimisaient les « opérations de sécurité » avant que le pays ne sombre dans l’un des massacres les plus occultés de l’histoire contemporaine. Le TPLF, dans une lettre à l’Union africaine, réaffirme son engagement pour la paix tout en condamnant ces violations, appelant à un dialogue urgent pour éviter un nouveau bain de sang.

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