Le leader de la DA s’efface sous la pression : scandales financiers et crises internes font trembler la coalition sud-africaine
Johannesburg, 17 février 2026 – Après sept années à la tête de l’Alliance démocratique (DA), John Steenhuisen a annoncé, qu’il ne briguerait pas un troisième mandat lors du congrès fédéral d’avril. Officiellement présentée comme un choix personnel « mission accomplie », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Durban –, cette décision apparaît en réalité comme l’aboutissement d’une longue séquence de crises politiques, financières et internes qui ont progressivement sapé son autorité et fragilisé la position de la DA au sein du gouvernement d’unité nationale sud-africain.
Deuxième force politique du pays et longtemps perçue comme le parti des classes moyennes urbaines et des minorités raciales, la DA avait pourtant réalisé une percée historique en 2024 en entrant au gouvernement national. La perte de la majorité absolue par l’ANC de Cyril Ramaphosa avait ouvert la voie à une coalition inédite, dans laquelle la DA obtenait six portefeuilles ministériels, dont celui stratégique de l’Agriculture pour Steenhuisen. Aux yeux des investisseurs, cette alliance incarnait une garantie de rigueur budgétaire et de stabilité économique, la DA jouant le rôle d’« ancre libérale » face aux tentations interventionnistes de l’ANC.
Mais le passage du statut d’opposant à celui de partenaire gouvernemental s’est rapidement révélé périlleux. Dès 2025, une grave épidémie de fièvre aphteuse a frappé le secteur de l’élevage, pilier économique et électoral de la DA. Les agriculteurs ont accusé Steenhuisen d’inefficacité, pointant des retards dans la vaccination et une communication jugée opaque. Des figures influentes du monde agricole, comme Theo de Jager, ont dénoncé un climat d’intimidation interne : toute critique serait, selon eux, marginalisée et disqualifiée. Cette crise sanitaire a porté un coup sévère à l’image de compétence technocratique que la DA cultivait depuis des décennies.
Le coup de grâce est toutefois venu du terrain financier. En novembre 2025, le média Daily Maverick révélait l’existence d’un jugement par défaut contre Steenhuisen pour une dette personnelle de carte de crédit avoisinant les 150 000 rands, malgré un salaire ministériel annuel supérieur à 2,6 millions de rands. L’affaire a suscité un malaise profond : comment un responsable politique prônant la discipline budgétaire pouvait-il être rattrapé par une gestion personnelle aussi contestable ?
La polémique s’est amplifiée avec des accusations d’utilisation abusive d’une carte de crédit officielle du parti pour des dépenses privées – livraisons UberEats, hôtels, locations de véhicules. Dion George, alors trésorier fédéral de la DA et ministre de l’Environnement, avait confisqué la carte, jugeant ces pratiques incompatibles avec l’éthique du parti. Peu après, il fut écarté du gouvernement, officiellement pour « sous-performance », mais largement perçu comme une victime d’un règlement de comptes politique. George quittera définitivement la DA en janvier 2026, dénonçant une campagne de discrédit orchestrée contre lui.
Bien qu’une enquête interne ait blanchi Steenhuisen en janvier 2026, la confiance était déjà rompue. Dans l’opinion publique comme au sein du parti, la perception de dérive morale persistait, alimentant l’idée que la DA perdait peu à peu sa singularité éthique face à l’ANC qu’elle critiquait jadis avec virulence.
Sous la pression croissante de cadres influents, notamment Helen Zille, Steenhuisen a fini par céder. Son discours de retrait, volontairement optimiste, masque difficilement une démission politique déguisée, destinée à préserver l’image du parti et, peut-être, son propre avenir ministériel.
La succession s’annonce explosive. Des figures comme Geordin Hill-Lewis, maire du Cap, Siviwe Gwarube ou Solly Msimanga sont déjà en lice. Derrière les rivalités personnelles se dessine un débat plus profond sur l’identité même de la DA : parti libéral multiracial ou formation encore prisonnière de ses bastions sociologiques traditionnels ?
