Macron s’apprête à actualiser la doctrine nucléaire française sous le regard attentif des alliés européens
PARIS – Les regards des alliés européens seront tournés vers la France, alors que le président Emmanuel Macron doit prononcer un discours majeur depuis la base militaire abritant les sous-marins lanceurs de missiles balistiques français, afin d’actualiser la doctrine nationale de dissuasion nucléaire.
Le président français devrait détailler la stratégie de la France et préciser le rôle des armes nucléaires dans la sécurité européenne, dans un contexte marqué par des tensions récurrentes avec le président américain Donald Trump sur des sujets sensibles tels que l’Ukraine, le Groenland et l’OTAN.
Selon un responsable français s’exprimant sous couvert d’anonymat, ce discours a été maintenu malgré le conflit croissant autour de l’Iran, car les violences au Moyen-Orient soulignent l’importance pour la France de conserver une puissance indépendante et crédible face aux menaces croissantes.
Les dirigeants européens expriment depuis plusieurs mois des doutes sur l’engagement des États-Unis à garantir la protection nucléaire de l’Europe, dans le cadre du parapluie nucléaire longtemps présenté comme un gage de sécurité pour les membres de l’OTAN. Dans ce contexte, la France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne, entend affirmer son autonomie stratégique.
Le discours s’appuiera sur les grandes lignes définies en 2020, avant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne redessine le paysage sécuritaire européen. Aucun détail précis n’a été communiqué avant la prise de parole de Macron.
Certains pays européens ont déjà accepté de participer à un dialogue sur la dissuasion nucléaire française et, potentiellement, à des exercices conjoints. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué des « discussions préliminaires » avec Macron, suggérant que des avions de la Luftwaffe pourraient, à l’avenir, transporter des bombes nucléaires françaises dans le cadre d’une coopération renforcée.
« Nous devons repenser la dissuasion nucléaire », a affirmé Emmanuel Macron lors du Conseil de sécurité de Munich ce mois-ci, ajoutant que la France a mené un « dialogue stratégique » avec Merz et d’autres dirigeants européens pour articuler la doctrine nationale avec des exercices communs et des intérêts de sécurité partagés, tout en restant conforme à la Constitution française.
Par ailleurs, en juillet dernier, la France et le Royaume-Uni ont adopté une déclaration conjointe autorisant une « coordination » entre leurs forces nucléaires, indépendantes mais désormais capables d’exercices conjoints. Le Royaume-Uni, allié de l’OTAN mais hors Union européenne, demeure le seul autre pays européen doté d’un arsenal nucléaire.
Malgré ces collaborations, Emmanuel Macron a réaffirmé que toute décision d’utiliser l’arsenal nucléaire français resterait strictement entre les mains du président de la République, soulignant l’autonomie stratégique et la responsabilité exclusive de la France en matière de sécurité nucléaire.
