L’Iran ouvre totalement le détroit d’Ormuz… mais refuse de céder son uranium enrichi
Ce vendredi 17 avril 2026 marque une nouvelle journée riche en déclarations contradictoires entre Téhéran et Washington, illustrant parfaitement le bras de fer diplomatique et militaire qui se joue depuis plusieurs semaines dans la région. Alors que les négociations indirectes (et parfois directes) se poursuivent pour tenter de mettre fin à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, chaque camp multiplie les gestes et les messages destinés autant à l’adversaire qu’à son opinion publique intérieure et aux marchés internationaux.
D’un côté, l’Iran a choisi un ton d’apaisement mesuré et conditionnel sur le plan maritime. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a publié sur X un message clair et concis :
« Conformément au cessez-le-feu au Liban, le passage de tous les navires commerciaux par le détroit d’Ormuz est déclaré entièrement ouvert pour la durée restante du cessez-le-feu, sur l’itinéraire coordonné déjà annoncé par l’Organisation des ports et des affaires maritimes de la République islamique d’Iran. »
Cette annonce intervient quelques heures seulement après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban (plus précisément avec le Hezbollah), conclu sous l’égide américaine et annoncé par Donald Trump lui-même la veille. Pour Téhéran, lier l’ouverture du détroit au cessez-le-feu libanais permet de présenter le geste comme une mesure de bonne volonté temporaire, directement liée à la désescalade régionale, tout en évitant d’apparaître comme une capitulation face à la pression américaine.
Cependant, cette « ouverture totale » reste encadrée par des conditions iraniennes strictes. Les navires doivent impérativement emprunter une route spécifique et coordonnée par les autorités maritimes iraniennes, souvent proche des côtes iraniennes. Il ne s’agit donc pas d’une liberté de navigation absolue, mais d’une levée temporaire des restrictions imposées par Téhéran ces dernières semaines. Des sources iraniennes ont d’ailleurs prévenu que si le blocus naval américain se poursuivait ou si le cessez-le-feu au Liban était violé, l’Iran pourrait à nouveau fermer ou restreindre le passage.
De l’autre côté, le président américain Donald Trump a réagi presque immédiatement sur Truth Social. Il a salué l’annonce iranienne en écrivant :
« L’Iran vient d’annoncer que le détroit d’Ormuz est pleinement ouvert et prêt pour le transit. Merci ! »
Mais il a aussitôt tempéré cet optimisme en rappelant que le blocus naval américain imposé à l’Iran « restera en vigueur jusqu’à ce que notre transaction avec l’Iran soit à 100 % complète ». Selon des responsables militaires américains, cette opération mobilise plus de 10 000 soldats, une douzaine de navires de guerre et de nombreux aéronefs. Le blocus cible principalement les navires et les ports iraniens, compliquant considérablement les mouvements iraniens même si le détroit est officiellement « ouvert » aux navires commerciaux tiers.
Parallèlement à ces développements maritimes, un autre sujet central continue de cristalliser les divergences : le programme nucléaire iranien et, en particulier, le sort des stocks d’uranium enrichi.
Donald Trump s’est montré particulièrement optimiste, affirmant que l’Iran avait accepté de remettre aux États-Unis ses stocks d’uranium hautement enrichi, qu’il désigne familièrement sous le terme de (poussière nucléaire). Il a même évoqué une récupération « à un rythme tranquille », avec des engins de chantier, sans échange d’argent, et a déclaré qu’il ne restait « plus de points de blocage » majeurs pour conclure un accord global. Trump a également lié cette concession présumée à d’autres engagements : l’arrêt de l’enrichissement par l’Iran et l’interdiction pour Israël de bombarder le Liban pendant la période de cessez-le-feu.
Face à ces affirmations, l’Iran a opposé un démenti ferme et sans ambiguïté. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré à la télévision d’État :
« L’uranium enrichi de l’Iran ne sera transféré nulle part. Tout comme le sol iranien est sacré à nos yeux, cette question revêt une grande importance pour nous. »
Téhéran insiste sur le fait que son droit à l’enrichissement d’uranium à des fins pacifiques est « indiscutable » et protégé par le Traité de non-prolifération (TNP). Si le niveau et le type d’enrichissement peuvent être considérés comme « négociables » selon les besoins civils du pays, le transfert physique des stocks existants constitue une ligne rouge absolue. Ce démenti vient contredire directement la version optimiste de Trump et montre que les écarts restent importants sur le dossier nucléaire, malgré les signaux d’apaisement sur le détroit d’Ormuz.
La situation demeure extrêmement fluide. Les marchés, les chancelleries et les opinions publiques suivent avec attention ces allers-retours. Un accord global paraît encore lointain, mais les canaux de communication restent ouverts, et le moindre incident (violation du cessez-le-feu, incident naval dans le Golfe, ou nouvelle déclaration forte) pourrait faire basculer la dynamique.
