Zimbabwe : près de 4 000 détenus libérés dans le cadre d’une amnistie présidentielle controversée
Le Zimbabwe a entamé lundi la libération de milliers de prisonniers à la suite d’une amnistie décrétée par le président Emmerson Mnangagwa. Officiellement présentée comme une initiative humanitaire visant à désengorger les prisons du pays, cette décision intervient toutefois dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par de vives tensions autour d’un projet de réforme constitutionnelle.
Selon le ministre de la Justice Ziyambi Ziyambi, la première vague de libérations concerne 3 978 détenus. Elle s’inscrit dans un programme plus large qui devrait permettre, à terme, la remise en liberté de 4 305 personnes, dont 223 femmes. L’opération a débuté dans plusieurs établissements pénitentiaires du pays, notamment à la prison centrale de Harare et à la prison pour femmes de Prison pour femmes de Chikurubi.
Les autorités expliquent que cette mesure cible en priorité les détenus appartenant à des groupes vulnérables ou ceux ayant démontré des progrès significatifs dans leur processus de réhabilitation. En revanche, les personnes condamnées pour des crimes graves — tels que le meurtre, le viol, le vol aggravé ou certaines infractions liées à la sécurité publique — sont explicitement exclues du dispositif.
Cette décision intervient alors que le système carcéral du Zimbabwe fait face à une surpopulation chronique. Selon les dernières données nationales disponibles pour 2025, les prisons du pays abritaient plus de 24 000 détenus, un chiffre largement supérieur aux capacités réelles d’accueil des infrastructures pénitentiaires.
Pour le gouvernement, cette amnistie constitue à la fois un geste de « justice réparatrice et de compassion nationale » et une mesure pragmatique destinée à réduire la pression sur des établissements pénitentiaires vieillissants et souvent confrontés à des conditions de détention difficiles.
Toutefois, cette initiative humanitaire coïncide avec une évolution politique majeure. L’annonce de l’amnistie est intervenue le même jour que l’approbation par le gouvernement d’une réforme constitutionnelle controversée visant à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa, aujourd’hui âgé de 83 ans, jusqu’en 2030.
Les amendements proposés prévoient notamment l’allongement du mandat présidentiel à sept ans, la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel ainsi que le transfert de l’élection du chef de l’État au Parlement, dominé par le parti au pouvoir, la ZANU-PF. Si ces réformes sont adoptées, elles modifieraient profondément l’architecture institutionnelle du pays en concentrant davantage le pouvoir politique entre les mains de la majorité parlementaire.
Ces changements doivent encore être validés par le Parlement, mais ils suscitent déjà de vives critiques au sein de l’opposition et de la société civile. Plusieurs responsables politiques dénoncent ce qu’ils qualifient de « coup d’État constitutionnel », estimant que ces modifications pourraient fragiliser davantage la démocratie dans ce pays d’Afrique australe, longtemps dirigé par Robert Mugabe avant son renversement lors du Coup d’État zimbabwéen de 2017.
Dans ce climat de tensions politiques croissantes, l’amnistie présidentielle apparaît pour certains observateurs comme un geste humanitaire réel, mais également comme un signal politique visant à renforcer l’image du pouvoir à un moment où la contestation gagne progressivement du terrain dans le pays.
