Le Brent franchit à nouveau la barre des 100 dollars : inquiétudes sur l’approvisionnement mondial et tensions au Moyen-Orient
24 mars 2026 – Les cours du pétrole brut Brent ont de nouveau franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril ce mardi matin, dans un contexte de forte volatilité et de tensions géopolitiques exacerbées au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers de la production pétrolière mondiale, reste fermé, accentuant l’inquiétude des marchés.
Le Brent a progressé de 2,9 % à 102,84 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain a bondi de 3,5 %, atteignant 91,2 dollars le baril. Cette flambée fait suite à la chute spectaculaire de plus de 10 % enregistrée la veille, après l’annonce par le président américain Donald Trump du report des frappes militaires initialement prévues contre des infrastructures énergétiques iraniennes.
Lors d’une déclaration publique, Donald Trump a évoqué des « discussions constructives » avec Téhéran et laissé entrevoir un possible accord « dans les prochains jours ». « Nous préférons la diplomatie quand elle est possible », a-t-il précisé, tout en maintenant une pression constante sur l’Iran. Si ce report a offert un répit temporaire aux marchés, l’incertitude demeure totale.
Pour Tim Water, analyste senior chez KCM Trade, « ce report désamorce momentanément la pression, mais ne règle en rien le problème structurel. Le détroit d’Ormuz reste fermé, et toute interruption prolongée pourrait rapidement faire flamber les prix bien au-delà des niveaux actuels ».
Du côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a démenti toute négociation en cours avec Washington. « Les déclarations américaines ne sont qu’une tentative grossière de manipulation des marchés et de désinformation », a déclaré un porte-parole. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a revendiqué de nouvelles attaques contre des « cibles américaines et alliées », maintenant un climat de volatilité extrême.
Le groupe financier Macquarie estime que même en cas d’apaisement rapide, le Brent pourrait atteindre 110 dollars le baril à la réouverture partielle d’Ormuz. Si le blocage se prolonge jusqu’à fin avril, les prix pourraient grimper jusqu’à 150 dollars le baril, un scénario alarmant pour l’économie mondiale.
Cette flambée intervient dans un contexte économique déjà fragile : inflation persistante, hausse des taux d’intérêt et incertitudes géopolitiques risquent d’aggraver les coûts énergétiques pour les compagnies aériennes, le transport routier, l’industrie chimique et les ménages. En Europe et en Asie, la forte dépendance aux importations du Golfe persique suscite des inquiétudes sur un possible retour de l’inflation énergétique. Aux États-Unis, malgré une production record de schiste, la hausse du WTI pourrait rapidement se répercuter sur les prix à la pompe, avec des implications politiques sensibles à l’approche des élections.
Même des stocks stratégiques élevés ne suffiraient pas à compenser une interruption prolongée. Les pays producteurs du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït) cherchent des alternatives, via des pipelines terrestres ou d’autres voies d’exportation, mais leurs capacités sont limitées et coûteuses.
Dans ce contexte hautement inflammable, les marchés restent suspendus à la moindre évolution diplomatique ou militaire entre Washington et Téhéran. Un accord de dernière minute pourrait apaiser les tensions, tandis qu’une escalade supplémentaire risquerait d’entraîner une spirale haussière incontrôlable.
