Crise algéro-française : Alger s’enferme dans une posture rigide tandis que Paris conserve l’initiative
Dans le bras de fer diplomatique qui oppose actuellement l’Algérie et la France, la position adoptée par Alger apparaît de plus en plus comme un handicap stratégique. En refusant tout geste préalable et en se contentant d’un « Que Monsieur Nuñez vienne » lancé par le président Abdelmadjid Tebboune, les autorités algériennes laissent à Paris le soin de dicter le tempo et les termes du débat.
Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a posé des conditions claires et logiques avant tout déplacement officiel : des avancées concrètes sur la coopération migratoire – notamment la délivrance rapide et massive de laissez-passer consulaires pour exécuter les OQTF – et des signes tangibles concernant la libération du journaliste Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. Ces demandes ne sortent pas de nulle part. Elles répondent à des enjeux sécuritaires, humains et judiciaires bien réels pour la France, qui fait face à des flux migratoires irréguliers et à une opinion publique de plus en plus sensible à ces questions.
En rejetant ces préalables de manière catégorique, Alger se place paradoxalement en position de faiblesse. Plutôt que de saisir l’opportunité d’une négociation franche pour obtenir des concessions en retour – sur le traitement des Algériens en France ou sur d’autres dossiers bilatéraux –, le pouvoir algérien choisit une fermeté de principe qui confine à l’immobilisme. Cette intransigeance donne l’impression que l’Algérie préfère préserver une image de souveraineté inflexible plutôt que de défendre concrètement ses intérêts nationaux par le dialogue.
La France, elle, tient les leviers les plus puissants dans cette confrontation. Elle contrôle l’accès au marché européen, aux visas, aux investissements et aux partenariats sécuritaires. En maintenant ses exigences, Paris force Alger à assumer les conséquences d’un blocage prolongé : isolement diplomatique croissant, tensions persistantes sur les questions migratoires et sécuritaires, et un risque d’escalade qui pourrait inclure des mesures unilatérales françaises (restriction accrue des visas, renforcement des contrôles aux frontières, etc.).
Le maintien en détention de Christophe Gleizes, perçu à l’international comme une atteinte à la liberté de la presse, continue d’alimenter une campagne médiatique défavorable à Alger. Refuser d’en faire un sujet de discussion préalable revient à offrir à Paris un argument supplémentaire pour justifier sa ligne dure et rallier ses partenaires européens.
Au final, cette stratégie algérienne de « non-négociation sous contrainte » risque de se retourner contre elle. En laissant la France fixer les conditions du dialogue sans contre-proposer activement, Alger cède l’initiative et se retrouve en position défensive. Une diplomatie plus offensive, combinant fermeté sur ses lignes rouges et ouverture tactique sur des dossiers concrets, permettrait sans doute de rééquilibrer le rapport de force et de ramener Paris à la table sans perdre la face.
Pour l’heure, c’est Paris qui conserve la main haute dans cette crise, tandis qu’Alger semble condamnée à attendre un geste français qu’elle a elle-même rendu improbable.
