Un commando a abattu Saïf al-Islam Kadhafi dans son jardin : qui est derrière ce meurtre qui achève l’héritage Kadhafi ?

Un commando a abattu Saïf al-Islam Kadhafi dans son jardin : qui est derrière ce meurtre qui achève l’héritage Kadhafi ?

Le 3 février 2026, un commando de quatre hommes armés et masqués a fait irruption dans la résidence de Saïf al-Islam Kadhafi à Zintan, dans le quartier Hammada au sud de la ville, à l’ouest de la Libye. Les assaillants ont d’abord neutralisé les caméras de surveillance avant d’ouvrir le feu sur lui dans son jardin lors d’une « confrontation directe ». Âgé de 53 ans, Saïf al-Islam a été exécuté sur place, tandis que les agresseurs ont disparu sans laisser de traces. Aucune revendication n’a été formulée et les autorités rivales – le Gouvernement d’unité nationale à Tripoli et le camp Haftar à l’Est – gardent un silence total, plongeant le pays dans l’incertitude et l’incompréhension.

Cette exécution a été confirmée par de multiples sources fiables, ainsi que par son conseiller politique Abdullah Othman Abdurrahim (via Facebook et Libya al-Ahrar), son avocat français Me Marcel Ceccaldi (« tué par un commando de quatre personnes ») et son cousin Hamid Kadhafi (« tombé en martyr »). Son équipe politique a publié un communiqué officiel de deuil, tandis que des arrangements ont été pris pour transférer le corps dans un hôpital privé de Zintan, sous la supervision de juges en vue d’une enquête officielle.

Mais pourquoi ce commando a-t-il frappé maintenant ? Plusieurs pistes se dessinent, mêlant faits avérés et spéculations, et chacune reflète les fractures profondes de la Libye. Zintan fut un bastion rebelle lors de la révolution de 2011, et c’est là que Saïf al-Islam avait été capturé puis détenu pendant six ans par la brigade Abu Bakr al-Sadiq avant d’être amnistié en 2017. Sa célèbre menace de « rivières de sang » diffusée à la télévision en février 2011 reste une cicatrice ouverte pour de nombreux ex-insurgés, et la précision de l’attaque – neutralisation des caméras, exécution méthodique et fuite rapide – laisse penser à un travail interne orchestré par des milices locales, même si certaines rumeurs évoquent la brigade 444 de Tripoli, laquelle a démenti toute implication et présence à Zintan.

En même temps, l’assassinat s’inscrit dans un calcul politique plus large, puisque Saïf al-Islam représentait le dernier symbole politique viable du clan Kadhafi. En 2021, il avait déposé sa candidature présidentielle malgré le mandat de la Cour pénale internationale, mobilisant nostalgie, tribus et sondages favorables. Sa mort élimine toute possibilité d’un « unificateur » kadhafiste capable de perturber le fragile statu quo libyen. Pour le camp Haftar à l’Est, elle écarte la crainte d’une réunification sous son nom, tandis que Tripoli perd un rival charismatique. Le timing de l’assassinat, coïncidant avec les rumeurs persistantes d’élections longtemps reportées depuis 2021, transforme cette disparition en un avantage stratégique pour ceux qui tirent profit du chaos permanent.

Le contexte milicien et tribal ajoute encore à l’opacité de l’affaire. Zintan reste un repaire de brigades armées rivales, et si l’avocat de Saïf avait signalé des « problèmes de sécurité » dix jours avant l’attaque, et que ce dernier avait refusé tout renfort tribal, la sophistication de l’opération dépasse largement le cadre d’un simple règlement de comptes local.

Parallèlement, certaines hypothèses évoquent une possible ingérence extérieure. Observateurs et médias arabes suggèrent l’Occident – États-Unis ou France pour contrer un leader souverainiste –, des liens passés avec Wagner/Russie, ou encore l’action indirecte d’autres puissances régionales comme les Émirats, la Turquie ou l’Égypte. À ce jour, aucune preuve solide ne corrobore ces spéculations, et la plupart des rapports insistent sur le caractère vraisemblablement local de l’acte.

En définitive, le commando semble agir à l’intersection d’une vengeance liée à 2011 et d’un calcul politique froid. Presque tous les acteurs – milices, Haftar, Dbeibah, puissances étrangères – en retirent un avantage : Saïf devient un martyr pour les nostalgiques, comme le dénonce Moussa Ibrahim, mais l’espoir d’une unité kadhafiste disparaît avec lui. Quinze ans après l’exécution brutale de Mouammar Kadhafi, la Libye reste un vide abyssal : deux gouvernements rivaux, des milices armées, des ingérences étrangères (Turquie contre Émirats, Russie et Égypte) et un pétrole disputé.

Quant à l’enquête, elle semble vouée au même sort que tant d’autres. Le silence des rivaux en dit long : personne n’a intérêt à creuser. La Libye s’enfonce ainsi toujours davantage dans l’inconnu, et le chaos continue de triompher, plongeant le pays dans une instabilité chronique où le meurtre du dernier Kadhafi actif devient un symbole tragique d’un héritage désormais brisé.

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