Ramadan entre la sacralité des rites dans les pays musulmans et les défis de la dérive morale et de la propagation de la prostitution en Algérie
En Algérie, le mois de Ramadan – censé incarner le recueillement, la piété et la solidarité – se mue trop souvent en période d’exacerbation des maux sociaux les plus sombres, révélant un effondrement moral et sécuritaire qui alarme l’opinion publique.
Parmi les scandales les plus récurrents figure l’activité persistante de la dite « mafia des viandes ». En février 2025, à l’approche du Ramadan, les services de sécurité ont démantelé un abattoir clandestin dans le quartier Aïn Safia (ou Aïn Essafiha / Aïn Sfiha selon les transcriptions) de Sétif (wilaya de Sétif, est du pays). L’opération a permis la saisie d’une vingtaine d’ânes abattus, destinés à être écoulés sur le marché comme substitut bon marché à la viande bovine ou ovine traditionnelle. Ce cas n’est pas isolé : des affaires similaires ont été signalées ces dernières années dans plusieurs régions, notamment à Oran (où des saisies de viande d’âne ont été rapportées dans des opérations antérieures), ainsi que dans des wilayas comme Mascara, Tlemcen ou Batna. Les trafiquants proposent parfois ces viandes déguisées en bœuf ou mouton, ou les vendent ouvertement en arguant de leur prix attractif face à l’envolée des coûts des viandes licites. Le tribunal de Sétif a d’ailleurs prononcé de lourdes peines (jusqu’à plusieurs années de prison) contre les mis en cause dans cette affaire précise de 2025.
Cette pratique heurte frontalement les prescriptions islamiques. La sourate An-Nahl (verset 8) est limpide : « Et les chevaux, les mulets et les ânes, pour que vous les montiez, et pour l’apparat. Et Il crée ce que vous ne savez pas.» Le texte coranique assigne clairement à ces animaux un rôle de monture et d’embellissement, non de nourriture. Outre l’atteinte au goût public et aux normes sanitaires (risques graves d’intoxication et de maladies transmissibles), cette fraude constitue une violation patente des objectifs de la charia, des principes éthiques et de la cohésion sociale.
Parallèlement, le marché alimentaire voit proliférer les produits avariés ou falsifiés. À Oran, les autorités ont récemment saisi des quintaux de viandes rouges, blanches et hachées impropres à la consommation ; des quantités similaires ont été détruites à Blida et Djelfa, illustrant la faiblesse criante des mécanismes de contrôle face à la spéculation effrénée en période de forte demande.
Plus alarmant encore est l’explosion, durant le mois sacré, du trafic et de la consommation de stupéfiants et de psychotropes, ainsi que de la prostitution et des pratiques homosexuelles, souvent en plein jour et culminant après la rupture du jeûne à la prière du Maghrib. Ces fléaux ne se limitent plus à des milieux marginaux : ils touchent désormais des segments inédits, y compris les femmes et les mineurs scolarisés. Des analystes locaux pointent du doigt plusieurs facteurs aggravants : l’affaiblissement du rôle de surveillance des familles, la montée de la pauvreté, l’ignorance généralisée et la prostitution érigée en source de revenu quotidien pour certains foyers. Selon les données de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), des milliers de jeunes – dont environ 700 mineurs scolarisés – sont déjà pris en charge pour addiction, avec une consommation de psychotropes touchant des dizaines de milliers d’élèves dès le premier semestre scolaire (chiffres récurrents autour de 3,33 % des moins de 15 ans et 33,17 % des 16-25 ans en traitement pour addiction).
Ces dérives, qui se déroulent sous les yeux d’une société qui se veut attachée aux traditions culinaires authentiques inspirées des pays voisins, traduisent un défi frontal aux valeurs islamiques et à l’autorité divine. Elles exigent une réponse urgente et intransigeante des pouvoirs publics : renforcement drastique des contrôles alimentaires, répression accrue des réseaux de drogue et de proxénétisme, et surtout restauration d’un véritable tissu éducatif et familial capable de faire barrage à cette déliquescence morale qui gangrène le mois béni de Ramadan.
