Le pétrole franchit à nouveau les 110 dollars malgré l’extension de l’ultimatum de Trump
Vendredi 27 mars 2026– Les prix du pétrole continuent leur ascension fulgurante, franchissant ce vendredi la barre symbolique des 110 dollars le baril, reflétant la forte tension qui pèse sur les marchés énergétiques mondiaux. Vers la mi-journée, le baril de Brent, référence européenne, pour livraison en mai, s’échangeait autour de 111-114 dollars, enregistrant une hausse de plus de 5 % sur la séance, tandis que le WTI américain évoluait entre 100 et 105 dollars, après avoir récemment atteint un pic proche de 119,50 dollars. Cette flambée s’explique moins par la prolongation de l’ultimatum lancé par le président Donald Trump que par la situation persistante dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Initialement fixé à 48 heures, l’ultimatum de Trump concernant d’éventuelles frappes américaines sur les infrastructures énergétiques iraniennes a été repoussé jusqu’au 6 avril, présenté par Washington comme une réponse à des « conversations productives » avec Téhéran via des intermédiaires diplomatiques. Cependant, cette extension n’a pas dissipé les inquiétudes, car l’Iran nie toute négociation formelle et maintient une position ferme. Ainsi, si l’ultimatum vise à apaiser les marchés, il se heurte à la réalité géopolitique, où le blocage prolongé du détroit d’Ormuz demeure le facteur central de la flambée des prix.
Cette crise, qualifiée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) de l’une des plus graves perturbations d’approvisionnement de ces dernières décennies, a des répercussions rapides et larges sur l’économie mondiale. Chaque tranche de 10 dollars supplémentaires par baril peut accroître l’inflation de 0,2 à 0,5 point de pourcentage dans les pays importateurs, avec des effets secondaires sur les transports et les biens de consommation. Dans les économies dépendantes des importations, comme l’Europe, l’Asie ou le Maroc, cette hausse pèse sur le pouvoir d’achat et la compétitivité. Par exemple, au Maroc, la flambée des prix alourdit la facture énergétique nationale et accentue les tensions sur le budget de l’État et sur le quotidien des ménages.
Les secteurs les plus exposés sont également directement touchés. Les coûts des carburants à la pompe augmentent fortement, ce qui se répercute sur le transport routier, aérien et maritime, et par extension sur les prix des produits alimentaires et manufacturés. Dans ce contexte, le risque de stagflation, c’est-à-dire la combinaison redoutée d’inflation élevée et de ralentissement économique, se fait de plus en plus tangible.
Face à cette situation, les principaux acteurs multiplient les mesures pour limiter l’impact sur leurs économies. L’OPEP+ et ses alliés ont tenté d’augmenter la production afin de compenser la baisse des volumes iraniens, mais leurs marges de manœuvre restent limitées à court terme malgré des capacités oisives encore disponibles en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. De leur côté, les États-Unis ont activé une partie de leur Réserve stratégique de pétrole (SPR) pour contenir la hausse des prix domestiques, tout en poursuivant la pression diplomatique et militaire sur l’Iran. Parallèlement, la Chine et l’Inde recherchent des approvisionnements alternatifs, notamment auprès de la Russie, tandis que l’Europe explore des mesures de soutien pour les ménages et les entreprises les plus vulnérables face à la flambée des prix.
Les perspectives restent largement conditionnées par l’évolution de la situation géopolitique. Si les négociations diplomatiques débloquent le passage du détroit d’Ormuz, même partiellement, les prix pourraient rapidement redescendre vers une fourchette de 90 à 100 dollars. En revanche, toute prolongation du conflit ou incident majeur pourrait propulser le baril au-delà de 130 dollars, avec des conséquences potentiellement récessionnistes pour plusieurs économies.
