Le pétrole se stabilise face à une réouverture partielle du détroit d’Ormuz
Les cours du pétrole ont terminé la séance de jeudi quasiment inchangés, dans un climat où les marchés oscillent entre prudence géopolitique et soulagement relatif face à la reprise partielle du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, zone stratégique par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial.
Le Brent a clôturé à 105,72 dollars le baril, en légère hausse de 0,09%, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain a progressé de 0,15% pour atteindre 101,17 dollars. Des variations marginales qui traduisent moins un équilibre stable qu’une forme d’attentisme des investisseurs, confrontés à des signaux contradictoires entre amélioration logistique et risques sécuritaires persistants.
Au cœur des attentions, le détroit d’Ormuz montre des signes de réouverture progressive. Les autorités iraniennes ont indiqué qu’environ une trentaine de navires, dont plusieurs pétroliers opérant pour des clients asiatiques comme la Chine et le Japon, ont franchi le passage au cours des dernières 24 heures. Un chiffre encore très inférieur à la normale, puisque le trafic quotidien atteignait environ 140 navires avant l’escalade du conflit régional.
Cette reprise partielle est perçue par les marchés comme un signal d’apaisement relatif. Elle ne signifie toutefois pas un retour à la normale, mais plutôt une tolérance encadrée du transit maritime, dans un contexte militaire et diplomatique toujours extrêmement fragile. Les analystes soulignent que cette fluidité partielle agit surtout sur le sentiment des investisseurs, en limitant les scénarios de panique, sans résoudre les tensions structurelles liées à la sécurité de l’approvisionnement mondial.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis ont indiqué que des discussions entre Donald Trump et Xi Jinping ont abouti à un consensus sur la nécessité de maintenir le détroit d’Ormuz ouvert. Cette position commune illustre l’importance stratégique du corridor pour les deux premières économies mondiales, malgré leurs divergences persistantes sur les questions commerciales.
Washington affirme également observer un intérêt croissant de la Chine pour le pétrole américain, après une période de recul marquée depuis mai 2025, conséquence des tensions tarifaires liées à la guerre commerciale. Un éventuel rééquilibrage des flux énergétiques entre les deux puissances pourrait contribuer à réduire certaines pressions sur le marché mondial, même si les volumes concernés restent encore incertains.
Malgré la reprise partielle du trafic, les incidents en mer continuent de nourrir l’inquiétude. Un cargo indien a ainsi coulé au large des côtes omanaises après avoir été la cible d’une attaque, tandis qu’un autre navire aurait été intercepté près des Émirats arabes unis avant d’être dérouté vers l’Iran.
Ces événements rappellent que la zone reste hautement volatile, et que toute amélioration du transit demeure précaire. Pour de nombreux observateurs, le risque principal n’est pas seulement la fermeture du détroit, mais la multiplication d’incidents isolés susceptibles de perturber ponctuellement les chaînes d’approvisionnement et de provoquer des pics de volatilité sur les marchés pétroliers.
Selon l’analyste Tamas Varga de PVM, l’augmentation du nombre de navires autorisés à passer joue davantage sur la psychologie des marchés que sur les fondamentaux de l’offre et de la demande. En d’autres termes, la perception de sécurité progresse plus vite que la sécurité réelle.
Dans ce contexte incertain, les institutions internationales multiplient les avertissements. Le Fonds monétaire international estime que l’intensification des tensions au Moyen-Orient, combinée à une éventuelle fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, pourrait dégrader les perspectives économiques mondiales. La croissance du PIB mondial est désormais anticipée à 2,5% pour l’année, contre 3,4% en 2025.
De son côté, l’Agence internationale de l’énergie met en garde contre un déséquilibre potentiel entre l’offre et la demande. Les niveaux de stocks mondiaux s’érodent à un rythme jugé élevé, tandis que la production peine à compenser la hausse structurelle de la consommation dans certaines régions émergentes.
Sur le plan américain, les dernières données de l’EIA montrent une baisse des stocks de brut de 4,3 millions de barils pour la semaine du 8 mai. Cette diminution est principalement attribuée à une hausse des exportations, signe que la demande extérieure reste dynamique malgré le contexte international tendu.
Cette contraction des réserves contribue à soutenir les prix à court terme, mais accentue également la sensibilité du marché à tout choc d’approvisionnement supplémentaire.
