Pétrole : le marché entre dans une zone de forte tension, la fin des réserves stratégiques accentue les risques de flambée des prix

Pétrole : le marché entre dans une zone de forte tension, la fin des réserves stratégiques accentue les risques de flambée des prix

Le marché pétrolier mondial traverse une nouvelle période de fortes turbulences. Alors que les tensions militaires entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient et que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz demeure fortement perturbé, les analystes estiment que le marché est désormais beaucoup plus vulnérable à un choc d’approvisionnement. En cause : la baisse des stocks mondiaux de pétrole et la fin imminente de la libération des réserves stratégiques, qui avaient jusqu’ici permis de limiter l’envolée des cours.

Jeudi 16 juillet, le Brent, référence mondiale du pétrole brut, évoluait autour de 84,50 dollars le baril, après avoir enregistré trois séances consécutives de hausse. Plus tôt cette semaine, il avait même dépassé les 87 dollars, son plus haut niveau depuis plus d’un mois, sous l’effet de la reprise des affrontements entre Washington et Téhéran.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial ainsi qu’une part importante des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), reste au cœur des préoccupations des marchés. Les nouvelles attaques contre des navires commerciaux et les opérations militaires dans la région ont fortement réduit le trafic maritime, faisant craindre une perturbation durable des exportations énergétiques en provenance du Golfe.

Cette situation intervient dans un contexte beaucoup plus fragile qu’au début de la crise. Selon plusieurs experts, les réserves mobilisées depuis le printemps pour stabiliser le marché sont désormais largement entamées, réduisant la capacité des grandes économies à amortir un nouveau choc sur l’offre.

Dans une note publiée jeudi, les stratèges d’ING, Warren Patterson et Ewa Manthey, estiment que le marché pétrolier est désormais entré dans une véritable « période de fragilité ».

Les analystes soulignent que les principaux indicateurs du marché physique témoignent déjà d’un net resserrement de l’offre, avec un renforcement des primes sur le pétrole disponible immédiatement.

Depuis plusieurs mois, les gouvernements ont utilisé leurs réserves stratégiques afin de compenser les perturbations provoquées par les tensions au Moyen-Orient. Toutefois, cette marge de sécurité s’amenuise rapidement.

Les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) montrent que les stocks commerciaux de pétrole brut aux États-Unis ont diminué de 1,69 million de barils la semaine dernière. En tenant compte des prélèvements effectués dans les réserves stratégiques, la baisse atteint 4,68 millions de barils. Les stocks américains se situent désormais à leur plus bas niveau depuis 2022, et, en données saisonnières, à leur niveau le plus faible depuis 2018.

Parallèlement, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont déjà utilisé une grande partie des 400 millions de barils de réserves d’urgence annoncées au printemps, limitant leur capacité à répondre à une nouvelle interruption prolongée des approvisionnements.

Pour ING, tant que les tensions militaires persisteront, la prime de risque géopolitique continuera de soutenir les cours du pétrole. Les analystes estiment que le potentiel de hausse reste supérieur au risque de baisse, même si le marché demeure extrêmement volatil.

Toute aggravation du conflit, une nouvelle attaque contre des infrastructures énergétiques ou une interruption plus importante du trafic dans le détroit d’Ormuz pourraient provoquer une nouvelle flambée des prix. À l’inverse, une avancée diplomatique entre Washington et Téhéran pourrait rapidement détendre les marchés.

La principale résistance est désormais située autour de 88,60 dollars le baril. Un franchissement durable de ce seuil pourrait ouvrir la voie à une nouvelle accélération des prix. En revanche, un retour sous le support des 76,80 dollars remettrait en cause le rebond actuel.

Pour les investisseurs, les compagnies pétrolières et les gouvernements, les prochains jours seront déterminants. Avec des réserves stratégiques en voie d’épuisement, des stocks commerciaux en baisse et une offre mondiale sous pression, le marché du pétrole apparaît plus sensible que jamais au moindre développement géopolitique. Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux baromètres de la stabilité énergétique mondiale, et toute nouvelle escalade pourrait avoir des répercussions majeures sur les prix du pétrole, l’inflation et l’économie internationale.

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