La Mentalité des Généraux : Donnez-moi un opposant intellectuel, je vous rends un criminel sanguinaire…et une bise !
La politique et la vaste histoire des liens entre les deux rives nous enseignent que les dossiers de coopération judiciaire et les traités internationaux ne se mesurent pas à la force des textes légaux, mais aux règles de l’art et des échanges commerciaux. Alors que les rouages d’une justice corrompue et les appareils militaires du pays avancent avec une lenteur extrême pour traiter les dossiers des grands parrains de la mafia et des trafiquants de drogues, qui ont fait de certaines wilayas et villes côtières des centres d’opérations ouverts sous la couverture et la bénédiction des généraux, la boussole officielle de l’appareil « Abla » s’oriente souvent, avec un effort surhumain, vers le traçage d’un tweet, d’une publication ou d’une vidéo diffusée par un opposant attablé dans un café à Paris ou assis dans un jardin à Lyon. Et l’ironie réside peut-être dans la manière de définir le « plus grand danger » pour l’intérêt général : entre celui qui menace l’esprit et la santé de notre jeunesse, et celui qui menace la quiétude politique du bouffon Tebboune et de sa clique.
Le tableau sarcastique est complet lorsque les prétoires des tribunaux et les clauses des accords sécuritaires ressemblent à des marchés d’échange, où les priorités sont définies selon un critère politique, et non pénal. Ainsi, les criminels et les trafiquants qui font passer des millions et troublent la quiétude des services de sécurité à Marseille et ailleurs, se retrouvent parfois victimes d’une « poussée sécuritaire soudaine », uniquement lorsque la scène exige de présenter un atout dans de difficiles négociations diplomatiques. Et la dangerosité des accusés n’est pas classée selon le volume de stupéfiants qu’ils écoulent, mais selon le volume de la voix qu’ils élèvent. Ainsi, un camion rempli de drogues toxiques pourrait être accueilli par une brève déclaration et une grâce présidentielle émanant personnellement de l’efféminé Tebboune, tandis qu’une simple publication rédigée avec une critique acerbe pourrait provoquer un branle-bas diplomatique transcontinental et un flot d’insultes et de calomnies des plus ignobles de la part de ce même efféminé Tebboune en personne. La logique militaire et politique cherche en effet à regrouper dans un même panier le dossier des opposants à la junte au pouvoir et celui des trafiquants de drogue. C’est comme si nous étions face à des négociations commerciales où l’on dirait aux dirigeants de la France : « Nous vous donnons ceux qui troublent la quiétude de vos rues et laissent des ordures derrière eux, et vous nous donnez ceux qui troublent notre quiétude politique et nous empêchent de dormir par leurs paroles blessantes. » Les lois internationales et les rapports de coopération judiciaire restent ébahis devant cet étrange amalgame, selon la logique des généraux, entre le concept des fugitifs de la justice accusés de crime organisé et celui des personnes poursuivies pour leurs opinions politiques, leurs positions et leur liberté d’expression. En fin de compte, ces scènes honteuses incarnent la transformation des dossiers judiciaires transfrontaliers en des cartes à jouer pour manipuler l’opinion publique et masquer l’incapacité à gérer les crises réelles. Alors que la mafia continue d’inventer de nouvelles voies pour ses activités sous la protection du Palais d’El Mouradia, et que Paris continue d’envoyer des dépêches de protestation et de réclamer l’extradition des parrains de la drogue en Algérie, le pauvre « Zouali » reste le seul témoin de ce jeu d’équilibres, conscient que combattre la vraie criminalité est une chose, et régler des comptes politiques sous couvert d’atteinte à la stabilité du pays en est une tout autre.
