Guinée : l’ex-magistrat Algassimou Diallo transféré à 700 km de Conakry, ses avocats dénoncent un éloignement controversé
En Guinée, le transfert de l’ex-magistrat Algassimou Diallo vers la prison de Macenta, à plus de 700 kilomètres de Conakry, provoque une vive réaction de sa défense. Détenu provisoirement depuis le 27 août, l’ancien avocat général près la Cour suprême a été extrait de la maison d’arrêt de Coyah dans la nuit du 4 au 5 septembre, sans que ses proches en soient préalablement informés.
Le transfert a été effectué vers 2 heures du matin. Selon ses avocats, sa famille a découvert sa disparition de la prison de Coyah samedi matin, avant d’apprendre officiellement son transfert le lendemain à travers une publication du ministère guinéen de la Justice.
Les avocats d’Algassimou Diallo affirment que leur client a quitté Coyah sans ses effets personnels, ses médicaments ni même son carnet contenant les coordonnées de ses conseils. Privé de téléphone, il ne disposerait par ailleurs d’aucun moyen direct pour communiquer avec sa famille ou ses avocats.
La défense s’inquiète également des conditions dans lesquelles ce transfert a été décidé. Elle estime que l’éloignement de Conakry complique considérablement l’accès au détenu et la préparation de sa défense.
Le collectif d’avocats réclame ainsi des explications sur le fondement juridique du transfèrement et demande que leur client soit ramené à Conakry. Selon eux, une personne placée en détention provisoire doit, en principe, pouvoir rester à proximité de la juridiction chargée de son dossier. Ils contestent notamment la possibilité pour l’administration pénitentiaire de décider seule d’un tel éloignement.
De leur côté, les autorités guinéennes défendent le bien-fondé de la décision. Le directeur de l’administration pénitentiaire, Mamadou Gando Ba, a expliqué que le transfert vers Macenta avait été décidé afin d’offrir à l’ex-magistrat des conditions de détention jugées « mieux adaptées ».
Il assure également que, lorsque le dossier sera appelé devant la justice, toutes les dispositions nécessaires seront prises pour permettre son extraction et sa comparution.
Mais cette justification ne convainc pas la défense. Les avocats demandent notamment à pouvoir rencontrer leur client afin de vérifier son état et à sa famille de lui rendre visite.
Le dossier Algassimou Diallo intervient dans un contexte particulièrement sensible. Figure judiciaire importante du procès du massacre du 28 septembre 2009, l’ancien avocat général près la Cour suprême a été radié de la magistrature avant d’être placé en détention provisoire.
Il est poursuivi pour des faits de provocation à la discrimination, à la haine et à la violence, ainsi que pour participation à une association de malfaiteurs.
Au cœur de l’affaire figure notamment un enregistrement audio présenté comme une conversation entre Algassimou Diallo et l’opposant guinéen en exil Cellou Dalein Diallo. Les autorités considèrent cet échange comme compromettant, tandis que Cellou Dalein Diallo affirme que l’enregistrement a été monté.
L’éloignement de l’ex-magistrat intervient alors qu’il devait comparaître à Conakry le 8 septembre, dans le cadre d’une audience consacrée à la poursuite de la procédure. Ses avocats souhaitent obtenir un report du procès au mois d’octobre, estimant ne pas disposer du temps nécessaire pour préparer correctement sa défense.
La défense demande donc son retour à Conakry et réclame que les autorités précisent le fondement légal de son transfert à Macenta.
L’affaire Algassimou Diallo continue ainsi de susciter des interrogations sur les conditions de sa détention, alors que la justice guinéenne doit désormais se prononcer sur la suite de la procédure.
