Arzew : le pari de Sonatrach pour doubler la production d’essence se heurte aux lenteurs du chantier
L’Algérie veut augmenter sa production d’essence, mais les capacités supplémentaires promises par Sonatrach ne sont pas encore au rendez-vous. À la raffinerie d’Arzew, le groupe pétrolier ambitionne de faire passer la production annuelle de 550 000 à 1,2 million de tonnes grâce à une nouvelle unité de traitement de l’hydrogène et de reformage catalytique. Un objectif industriel considérable, dont la concrétisation reste toutefois suspendue à l’achèvement d’un chantier au calendrier particulièrement long, alors que 2027 approche et que la demande intérieure continue de progresser.
L’ambition a été présentée par le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, dans le rapport annuel du groupe. La future installation doit traiter près de 780 000 tonnes de naphta lourd par an. Une fois opérationnelle, elle permettra de plus que doubler les capacités de production d’essence de la raffinerie et de renforcer l’approvisionnement des régions de l’Ouest et du Sud-Ouest.
Mais entre les annonces et leur concrétisation, le chemin reste long. Le contrat portant sur l’achèvement de cette unité a été signé le 17 novembre 2025 avec la société chinoise Sinopec Guangzhou Engineering. Le délai contractuel de réalisation est fixé à 30 mois, ce qui reporte théoriquement la fin des travaux à mai 2028. À l’approche de 2027, les capacités supplémentaires annoncées restent donc hors de portée du marché intérieur.
Ce calendrier soulève des interrogations sur la capacité du groupe à répondre rapidement aux besoins du marché. Le projet ne se limite pas à la construction des installations : leur intégration aux infrastructures existantes, les essais techniques, la mise en service et la montée en régime industrielle constituent autant d’étapes indispensables avant d’atteindre les volumes annoncés. Autant de contraintes qui éloignent encore la perspective d’un véritable renforcement de l’approvisionnement.
Pendant ce temps, la demande intérieure continue d’exercer une pression considérable sur le système énergétique. Selon les données publiées par Sonatrach, les ventes nationales d’hydrocarbures ont atteint 76,1 millions de tonnes équivalent pétrole, en hausse de 6 % sur un an. Cette progression traduit l’ampleur des besoins du marché local et accentue les contraintes pesant sur les capacités nationales de production et de transformation.
Les investissements du groupe ont pourtant atteint environ 1 078 milliards de dinars, soit près de 7,9 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 29 % sur un an. Dans le même temps, la production primaire d’hydrocarbures est restée stable à 193,7 millions de tonnes équivalent pétrole. Ce contraste rappelle que l’augmentation des dépenses ne se traduit pas nécessairement par une progression immédiate des volumes disponibles.
Située dans la zone industrielle d’Arzew, dans la wilaya d’Oran, la raffinerie RA1Z constitue l’un des principaux complexes de transformation du pétrole du pays. Mise en exploitation en 1973, puis réhabilitée en 2013, elle dispose d’une capacité de raffinage de 3,75 millions de tonnes par an. Elle produit notamment de l’essence, du gazole, du kérosène, du GPL, des huiles lubrifiantes et du bitume.
Le renforcement de cette installation devait contribuer à desserrer les contraintes pesant sur l’approvisionnement national. Mais le calendrier du projet risque de prolonger cette situation pendant plusieurs années encore. Alors que la consommation augmente, les capacités supplémentaires attendues à Arzew ne devraient être pleinement disponibles qu’à l’horizon 2028, sous réserve du respect des délais contractuels et du bon déroulement des opérations de mise en service.
L’équation est d’autant plus délicate que Sonatrach doit satisfaire les besoins du marché intérieur tout en préservant les volumes destinés à l’exportation. Chaque progression de la consommation nationale accentue la pression sur les capacités de raffinage et impose de nouveaux investissements. Le groupe se retrouve ainsi confronté à une double exigence : répondre à un marché domestique toujours plus demandeur sans compromettre les ressources qui alimentent les recettes extérieures du pays.
À Arzew, les ambitions sont donc clairement affichées, mais les résultats se font attendre. Si le calendrier contractuel est respecté, l’Algérie devra encore patienter jusqu’en 2028 pour bénéficier pleinement des capacités supplémentaires promises. D’ici là, la demande intérieure continuera de peser sur les équilibres énergétiques, tandis que le renforcement de l’approvisionnement national restera tributaire d’un chantier dont les effets ne sont pas encore visibles.
