Oubliez tout ce que vous avez vu au Mali, au Burkina, au Niger ou au Gabon. Ce qui vient de se produire en Guinée-Bissau n’est pas un simple putsch. C’est une mascarade sanglante, un hold-up électoral en treillis, une parodie de coup d’État si grossière qu’elle en devient obscène.
12 h 47 : les premières rafales éclatent près du palais présidentiel. En direct sur les réseaux, on voit la garde présidentielle, censée protéger le président Umaro Sissoco Embaló, investir le palais. À 13 h 17, Embaló est menotté, chemise ouverte, poussé dans un pick-up par les mêmes hommes qui la veille encore se prosternaient devant lui en criant « Mon général ! ». La scène, diffusée sur la page Facebook de l’armée, ressemble à un film de série B colombienne.
À 15 h 30, le brigadier-général Denis N’Canha, chef de la sécurité d’Embaló depuis cinq ans, annonce à la télévision que le « Haut Commandement Militaire pour la Restauration de l’Ordre » a pris le pouvoir pour sauver la patrie d’un prétendu complot narco-terroriste. Derrière lui, le portrait d’Embaló reste accroché au mur. Un détail révélateur : tout cela n’est que mise en scène.
18 heures plus tard, Horta N’Tam, général discret, est nommé président de transition. Embaló, quant à lui, est exfiltré vers Dakar dans un jet privé, accueilli comme un chef d’État en exercice, sourire Colgate et costume impeccable. Le message est clair : l’élection a été volée, et l’ex-président part en vacances cinq étoiles en attendant de revenir en héros.
Pendant ce temps, Bissau est transformée en ville morte. Marchés fermés Les marchés de Bandim et de Caracol fermés à double tour. Les stations-service dévalisées. Les écoles bouclées. Les militaires paradent dans les rues avec des 4×4 flambant neufs, cadeaux du régime précédent. Le peuple observe, impuissant, terré dans la peur et le silence.
Domingos Simões Pereira, leader historique du PAIGC, est arraché de son lit à 3 h du matin. Fernando Dias, qui aurait remporté l’élection, se cache près de la frontière avec la Guinée-Conakry, envoyant des messages déchirants : « Ils ont volé notre victoire avec des kalach. Le monde regarde ailleurs pendant que la cocaïne continue de circuler librement. »
Tout le monde savait. L’Union africaine, la CEDEAO, l’Union européenne, les services français et américains étaient au courant que Embaló était battu. Et pourtant, rien n’a été fait. La CEDEAO a même organisé l’exfiltration du « président renversé » comme un héros.
Neuf coups d’État depuis 1974. Une population plongée dans la pauvreté (90 % sous le seuil de pauvreté). Un narco-État où les généraux s’enrichissent à Lisbonne ou aux Émirats pendant que les enfants meurent de paludisme. Et la démocratie africaine, à Bissau comme ailleurs, ne subsiste que sur des pancartes et des communiqués polis.
Le peuple bissau-guinéen n’a plus la force de protester. Il a juste éteint la radio et pleuré en silence, conscient que dans un an, Embaló pourrait revenir avec le même sourire carnassier… et que le portrait au palais ne sera jamais décroché.


























