Le Bénin aux urnes sous haute surveillance , un mois après une tentative de coup d’État

Le Bénin aux urnes sous haute surveillance , un mois après une tentative de coup d’État

Un mois après avoir déjoué une tentative de coup d’État, le Bénin se rend aux urnes dans un climat politique et sécuritaire particulièrement sensible. Ce dimanche, les électeurs béninois ont commencé à voter pour désigner leurs représentants à l’Assemblée nationale ainsi qu’aux conseils municipaux, lors d’un scrutin déterminant à quelques mois de l’élection présidentielle prévue en avril prochain.

Dès l’ouverture des bureaux de vote à Cotonou et dans les principales villes du pays, les autorités ont insisté sur le bon déroulement du processus électoral. La Commission électorale nationale autonome (CENA) a réaffirmé son engagement à garantir la transparence, la crédibilité et l’intégrité du scrutin, alors que la population reste marquée par les événements du 7 décembre dernier, lorsqu’une tentative de putsch menée par des éléments rebelles de l’armée avait été rapidement neutralisée.

Cinq listes sont en compétition pour les élections législatives, tandis que seules trois briguent les sièges au niveau des conseils municipaux. Un chiffre qui illustre, selon plusieurs observateurs, la réduction progressive de l’espace politique depuis plusieurs années.

La coalition présidentielle dirigée par le chef de l’État Patrice Talon apparaît comme la grande favorite du scrutin. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, a en effet été exclu des élections locales et se trouve également empêché de participer à la présidentielle à venir, faute d’avoir réuni le nombre requis de parrainages. Une situation vivement dénoncée par l’opposition, qui y voit une manœuvre institutionnelle destinée à verrouiller le jeu démocratique.

Ces élections interviennent dans un contexte de fragilité sécuritaire accrue. La tentative de coup d’État du 7 décembre, bien que rapidement étouffée par l’armée loyaliste avec l’appui du Nigeria et de la France, a mis en lumière des tensions internes persistantes au sein des forces de défense et un malaise politique plus profond.

Si les autorités ont cherché à rassurer la population en soulignant le retour au calme et la maîtrise de la situation, le souvenir de cet épisode plane encore sur le scrutin, renforçant la vigilance sécuritaire autour des bureaux de vote.

Âgé de 67 ans, Patrice Talon achève bientôt son second mandat à la tête du pays. Arrivé au pouvoir en 2016, il a supervisé une croissance économique soutenue et mené d’importantes réformes structurelles. Mais ses détracteurs l’accusent d’avoir progressivement restreint les libertés publiques, affaibli l’opposition et concentré le pouvoir.

Conformément à la Constitution, Talon ne pourra pas se représenter. Son successeur désigné, le ministre des Finances Romuald Wadani, fait figure de favori pour l’élection présidentielle d’avril, dans un contexte où la concurrence politique apparaît fortement réduite.

L’enjeu institutionnel est également majeur. Un amendement constitutionnel adopté en novembre dernier a porté la durée du mandat présidentiel à sept ans non renouvelable. Combiné au calendrier électoral issu des élections législatives et présidentielles, ce changement ouvre la voie à une longue période sans élections nationales.

Une perspective vivement critiquée par l’opposition et plusieurs organisations de la société civile, qui dénoncent une « restriction des libertés démocratiques » et un affaiblissement des mécanismes de contrôle populaire.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *