Ouganda : « Je ne suis pas un criminel », lance Bobi Wine depuis sa cachette après les menaces de mort du fils de Museveni
Traqué par les forces de sécurité et accusé de terrorisme par le pouvoir, l’opposant Bobi Wine, figure de proue de la contestation contre le régime de Yoweri Museveni, s’est exprimé mercredi 21 janvier 2026 depuis sa clandestinité. Il réfute vigoureusement les attaques lancées contre lui et son parti après une élection présidentielle contestée.
« Je ne suis pas un criminel », a martelé l’opposant Bobi Wine, joint par téléphone par l’AFP alors qu’il se cache depuis le raid mené à son domicile le jour même du scrutin, le 15 janvier. Le président réélu Yoweri Museveni (81 ans) et surtout son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée, ont qualifié les opposants de « terroristes » dans les heures et jours suivant l’annonce des résultats.
L’ancien chanteur de ragga, âgé de 43 ans, qui avait déjà subi arrestations et tortures lors de la présidentielle de 2021, dénonce un scrutin « truqué » marqué par un blackout internet de plusieurs jours, des violences, des intimidations et des bourrages d’urnes allégués. Selon les chiffres officiels proclamés par la Commission électorale, Museveni a remporté 71,65 % des voix (plus de 7,9 millions), contre 24,72 % pour Bobi Wine.
« Il est criminel de la part de l’armée de s’impliquer dans les élections, de tuer des gens et de menacer publiquement la vie de dirigeants politiques, a insisté Bobi Wine. Ça, c’est criminel. Lui agit comme un criminel, c’est un criminel, mais pas nous. »
L’opposant affirme vivre caché « dans les bas-fonds » du pays, protégé par des citoyens ordinaires. « La police passe devant moi chaque jour », a-t-il ironisé, soulignant l’absurdité de la traque. Il a par ailleurs indiqué qu’il ne contesterait pas les résultats devant la justice ougandaise, qu’il juge inféodée au pouvoir, et appelle plutôt à des manifestations pacifiques pour un « changement ».
Les observateurs internationaux (Union africaine, ONU, Amnesty International) ont critiqué le climat de répression : blocage d’internet, arrestations massives, usage de la force contre des manifestants, et partialité de l’appareil sécuritaire et électoral dominé par le NRM depuis 1986.
Avec 40 ans au pouvoir, Yoweri Museveni, ancien guérillero devenu président inamovible, consolide son emprise, tandis que son fils Muhoozi Kainerugaba, très actif sur les réseaux sociaux, apparaît de plus en plus comme un successeur potentiel – au prix d’une escalade verbale et sécuritaire qui inquiète les observateurs.
