Burkina Faso : Ouagadougou sous contrôle militaire, les partis politiques dissous

Burkina Faso : Ouagadougou sous contrôle militaire, les partis politiques dissous

Le gouvernement militaire du Burkina Faso a officiellement dissous tous les partis politiques du pays et saisi leurs biens, dans ce qui constitue la dernière mesure d’une série jugée par les organisations de défense des droits humains comme un affaiblissement significatif de l’espace civique.

Le capitaine Ibrahim Traoré, dirigeant intérimaire depuis septembre 2022, a pris cette décision à travers un décret abrogeant toutes les lois encadrant les partis politiques, accusés de ne pas respecter les directives de l’État. Selon le ministre de l’Intérieur, Emile Zerbo, cette mesure s’inscrit dans un projet de « reconstruction de l’État » après des dysfonctionnements constatés au sein du système multipartite, considéré comme trop fragmenté et source de divisions sociales.

Avant le coup d’État de 2022, le Burkina Faso comptait plus de 100 partis politiques enregistrés, dont 15 siégeaient au Parlement. Le Mouvement populaire pour le progrès (MPP) détenait la majorité, suivi par le Congrès pour la démocratie et le progrès et la Nouvelle ère pour la démocratie. Toutefois, la montée de l’insécurité liée aux groupes armés – Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique Sahel Province (ISSP) – a fragilisé le gouvernement civil et alimenté les manifestations populaires.

Traoré avait initialement promis de mettre fin aux violences et d’organiser des élections d’ici 2024, mais le processus a été reporté à 2029 après une conférence nationale boycottée par plusieurs partis politiques. La dissolution de la Commission électorale nationale indépendante en 2025, jugée « trop coûteuse », s’inscrit dans la continuité de cette stratégie de concentration du pouvoir.

Le Burkina Faso est aujourd’hui confronté à une situation sécuritaire dramatique : environ 60 % du territoire est contrôlé par des groupes armés. Depuis l’arrivée de Traoré, le nombre de victimes a triplé, passant de 6 630 à 17 775 morts en trois ans, principalement des civils, selon le Centre africain d’études stratégiques (ACSS).

Les forces burkinabè et certains groupes alliés ont également été accusés d’atrocités, y compris des massacres dans le nord du pays et des enrôlements forcés de civils. Des journalistes et magistrats dénonçant ces pratiques ont été arrêtés ou envoyés combattre, illustrant un rétrécissement préoccupant de l’espace civique.

Depuis le coup d’État, toutes les activités politiques ont été suspendues. Les médias critiques ont été censurés, et des mesures de surveillance numérique ont été mises en place, affectant des plateformes telles que la BBC, Voice of America ou Human Rights Watch.

Selon Beverly Ochieng, analyste pour Control Risks, « la répartition des pouvoirs et l’autonomie dans l’espace civique et politique seront très limitées ». Le gouvernement militaire pourrait donc prolonger son séjour au pouvoir, renforcé par un décret plaçant la justice directement sous son contrôle.

L’interdiction des partis politiques laisse le pays sans cadre institutionnel démocratique. Le gouvernement pourrait maintenir un contrôle strict jusqu’à la date des élections prévues en 2029, tandis que la sécurité reste une priorité urgente face aux groupes armés.

Les organisations de défense des droits humains, la presse internationale et certains acteurs régionaux suivent de près cette concentration de pouvoir, craignant que la situation ne conduise à une dérive autoritaire prolongée dans un pays déjà frappé par la violence et la fragilité institutionnelle.

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