Ukraine : Hiver polaire à -20°C, le froid tue autant que les combats sur le front

Ukraine : Hiver polaire à -20°C, le froid tue autant que les combats sur le front

L’Ukraine traverse l’hiver le plus froid et le plus destructeur depuis le début de l’invasion russe en février 2022. Des températures plongeant régulièrement à -15°C, -20°C, et même -25°C ou -30°C dans certaines régions, transforment le froid en un ennemi implacable.

Les attaques russes, intensifiées depuis janvier, ont visé délibérément les systèmes de chauffage et d’électricité, synchronisées avec les vagues de froid les plus sévères. Résultat : des blackouts massifs touchent des centaines de milliers de foyers. À Kiev seul, plus de 1 600 bâtiments (dont 1 100 immeubles résidentiels) sont sans chauffage central pour une grande partie de l’hiver, selon les autorités municipales. Des millions de personnes vivent dans des appartements à 2-9°C intérieurs, avec des pipes qui éclatent sous l’effet du gel, des rues couvertes de neige et de glace, et des habitants contraints à des solutions de fortune : bougies pour chauffer des briques, poêles à gaz improvisés, ou même emballage des plantes et des fenêtres avec du film bulle pour retenir un minimum de chaleur.

Au moins 10 décès dus à l’hypothermie ont été rapportés officiellement, avec plus de 1 400 hospitalisations liées au froid. Les maladies cardiovasculaires explosent, la santé mentale se dégrade sous le stress constant des sirènes, des drones russes bourdonnants et des coupures interminables. L’ONU et Amnesty International dénoncent une stratégie de « gel forcé » : les attaques sur l’énergie exposent les civils à une souffrance extrême en plein hiver, transformant le climat en arme de guerre. Des points de chauffe d’urgence, alimentés par des générateurs, ont été déployés, mais ils ne suffisent pas face à l’ampleur de la crise.

Sur le front, le froid est tout aussi mortel. Les soldats des deux camps souffrent d’hypothermie, de gelures fréquentes aux extrémités, et les blessures qui seraient survivables deviennent fatales en quelques heures quand le corps refroidit rapidement. « Les blessés ne meurent pas seulement des éclats d’obus et des balles, ils meurent aussi à cause du froid », témoigne Nastia, ambulancière dans la brigade Da Vinci Wolves. « C’est un ennemi très insidieux : il s’installe vite, affaiblit le corps, transforme une blessure grave en fatale. Les gelures aux membres sont quotidiennes. »

Les drones, au cœur de la tactique des deux armées, subissent de plein fouet ces conditions. « Les batteries se déchargent plus rapidement, les caméras et les câbles gèlent, ils sont tout simplement recouverts de glace », explique Ali, pilote de drones (nom de guerre). Une mission récente d’interception d’un drone russe kamikaze a échoué quand la caméra s’est figée à -18°C. Ces engins bon marché – utilisés par centaines chaque jour pour repérer, larguer des grenades ou frapper – deviennent capricieux : courts-circuits, chutes en vol, glace sur les hélices. Les fabricants ukrainiens improvisent : Denys Chtilierman, chez Firepoint (drones longue portée), raconte : « On les enduit simplement de graisse et ils décollent. Je rigole, mais c’est ainsi. » Les appareils légers en polystyrène de la 18e brigade craignent le gel, les nuages bas et le brouillard. « Il peut y avoir un court-circuit, il peut se briser en plein vol », s’inquiète Nazariï, commandant. Pourtant : « Nous utilisons les drones par tous les temps. C’est vital. »
La neige amplifie les dangers : traces de pas ou de véhicules visibles à des kilomètres, facilitant le ciblage par drones ennemis équipés de caméras thermiques – la chaleur corporelle ressort nettement quand il fait -20°C. Lafayette, pilote dans la brigade Achilles : « En hiver, on repère tout plus facilement. » Pour les fantassins, quitter une position devient suicidaire : « L’infanterie qui quitte ses positions est littéralement détruite parce qu’elle n’a nulle part où se cacher », témoigne Kolesso, 31 ans.

Le froid ralentit même les opérations offensives, plusieurs sources ukrainiennes signalent une baisse temporaire des assauts russes en janvier-février, car les forces russes subissent les mêmes effets (hypothermie, gelures, logistique perturbée). Mais les combats persistent. Nazariï résume l’état d’esprit : « Nous sommes en guerre. Nous travaillons par tous les temps. »

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