La mère de Navalny demande justice: cinq pays européens révèlent l’assassinat par poison de grenouille-dard
Deux ans exactement après la mort d’Alexeï Navalny dans une colonie pénale arctique russe, le 16 février 2024, sa mère, Lyudmila Navalnaya, s’est exprimée avec force près de sa tombe à Moscou, ce lundi 16 février 2026. Devant des journalistes, dont ceux de l’AFP, elle a réclamé justice pour ce qu’elle qualifie d’assassinat : « Cela confirme ce que nous savions depuis le début. Nous savions que notre fils n’était pas simplement mort en prison, il a été assassiné. »
Elle a poursuivi : « Deux ans se sont écoulés et nous savons déjà avec quoi il a été empoisonné. Je pense que cela prendra un certain temps, et nous finirons par découvrir qui l’a fait. Bien sûr, nous souhaitons que cela se produise dans notre pays et que justice triomphe. » Lyudmila Navalnaya a insisté sur le fait que « ceux qui ont donné cet ordre sont connus du monde entier », exhortant à identifier et punir tous les responsables impliqués.
Ces déclarations interviennent au lendemain d’une révélation majeure : le samedi 14 février 2026, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, cinq pays européens – le Royaume-Uni, la Suède, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont publié un communiqué conjoint explosif. Basé sur des analyses de laboratoires nationaux indépendants, il conclut que Navalny a été empoisonné par l’épibatidine (epibatidine), une neurotoxine puissante extraite de la peau des grenouilles venimeuses dites « poison dart frogs » (grenouilles-dards), originaires d’Amérique du Sud, notamment d’Équateur et de Colombie.
Cette toxine, absente à l’état naturel en Russie, provoque une paralysie rapide, un arrêt respiratoire et une mort extrêmement douloureuse – symptômes compatibles avec les circonstances du décès de Navalny dans la colonie IK-3 « Polar Wolf ». Les cinq pays affirment que seul l’État russe disposait des moyens (accès à la synthèse chimique de cette substance, possible en laboratoire), du mobile (éliminer un opposant charismatique et influent) et de l’opportunité (Navalny étant isolé en prison). Ils tiennent explicitement Moscou responsable de cet empoisonnement, qualifié de « hautement probable » comme cause de la mort.
L’épibatidine, découverte dans les années 1970-1990, est un alcaloïde agissant sur les récepteurs nicotiniques, environ 100 à 200 fois plus puissant que la morphine. Dans la nature, elle est sécrétée par des espèces comme la grenouille Epipedobates anthonyi ou Phantasmal poison frog. En captivité, ces grenouilles ne produisent plus la toxine, et sa présence ne s’explique que par une synthèse artificielle – un processus que des experts associent à des laboratoires étatiques russes, comme l’Institut de chimie organique et de technologie, connu pour avoir développé le Novitchok.
Cette accusation marque une escalade dans les allégations contre le Kremlin. Elle s’ajoute au précédent empoisonnement au Novitchok en 2020, dont Navalny avait réchappé de justesse. La veuve, Yulia Navalnaya, présente à Munich, a réagi en qualifiant les résultats de « preuve scientifique » : « J’étais certaine depuis le premier jour que mon mari avait été empoisonné, mais maintenant il y a la preuve : Poutine a tué Alexeï avec une arme chimique. »
Du côté russe, la réponse reste ferme et inchangée. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié ces accusations d’« infondées », « biaisées » et relevant de la « propagande occidentale » ou de « nécro-propagande ». Moscou maintient depuis 2024 la version officielle : Navalny serait mort de causes naturelles (arythmie cardiaque ou malaise soudain après une promenade).
À Moscou, malgré la répression, des dizaines de personnes se sont recueillies sur la tombe de Navalny ce 16 février 2026. L’opposant anticorruption, condamné à de lourdes peines pour « extrémisme » qu’il dénonçait comme fabriquées de toutes pièces, reste un symbole pour l’opposition russe et pour l’Occident.
Les cinq pays ont signalé la Russie à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) pour violation de la Convention sur les armes chimiques. Des sanctions supplémentaires sont évoquées, notamment au Royaume-Uni. Les États-Unis, via des déclarations officielles, n’ont pas contesté l’évaluation européenne.
