Terrorisme d’État en France : huit enquêtes en cours, dont trois visant directement l’Iran et des liens présumés avec la Russie et l’Algérie
Paris, 3 avril 2026 — Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi sur Franceinfo. Huit procédures judiciaires pour « terrorisme d’État » sont actuellement ouvertes au sein du Parquet national antiterroriste (Pnat). Parmi elles, trois visent explicitement l’Iran, tandis que les cinq autres concernent principalement des réseaux liés à la Russie et à l’Algérie.
Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu, seulement quelques jours après la mise en examen de quatre individus — un jeune majeur de 21 ans et trois mineurs (dont deux âgés de 16 et 17 ans) — pour une tentative d’attentat déjouée de justesse devant le siège parisien de la Banque d’Amérique, dans le 8ᵉ arrondissement de la capitale.
Le magistrat a d’abord insisté sur l’évolution préoccupante du profil des exécutants. En effet, les mineurs représentent désormais environ 20 % des personnes mises en examen chaque année pour des faits de terrorisme. Dans le dossier de la Banque d’Amérique, le mode opératoire s’est révélé particulièrement cynique et moderne : via les réseaux sociaux, le jeune majeur a recruté les trois adolescents en leur proposant quelques centaines d’euros (entre 1 000 et 1 400 euros à partager selon les déclarations des suspects) pour déposer un engin explosif artisanal, l’allumer et filmer l’explosion.
Heureusement, l’engin, dont la puissance est décrite comme inédite sur le territoire français, a été neutralisé à temps par les services de déminage. Si les suspects semblaient conscients de la gravité matérielle de leur geste, leur compréhension du contexte géopolitique plus large — notamment des éventuels liens avec le conflit au Moyen-Orient — apparaît très limitée, voire inexistante.
Olivier Christen a également détaillé l’une des trois enquêtes liées à l’Iran, qui présente de fortes similitudes avec le mode de recrutement observé dans l’affaire de la Banque d’Amérique. Cette procédure cible des membres de la criminalité organisée marseillaise, soupçonnés d’avoir commis plusieurs incendies visant des intérêts israéliens dans le sud de la France, tout en projetant des attaques ciblées contre des membres de la communauté juive en France et en Allemagne. Les investigations, menées en étroite collaboration avec la DGSI, ont permis de remonter plusieurs étapes logistiques et financières jusqu’au territoire iranien.
Deux de ces trois procédures iraniennes avaient été ouvertes en 2024, la troisième un peu plus tard dans l’année. Cette continuité dans le temps témoigne de la persistance et de la sophistication croissante de la menace.
Le procureur national antiterroriste a décrit une menace en pleine mutation, hybride et opportuniste. Elle combine ingérences étatiques directes ou indirectes, recours à des mandataires (groupuscules idéologiques, réseaux criminels ou individus isolés vulnérables) et recrutement numérique massif auprès de jeunes souvent issus de milieux précarisés ou délinquants mineurs. Cette forme de « terrorisme d’État à faible coût » offre aux commanditaires étrangers un double avantage : déstabiliser le sol européen tout en minimisant leur exposition directe et les risques de représailles diplomatiques ou militaires.
« Nous sommes dans un climat général de tension compte tenu de la situation géopolitique », a rappelé Olivier Christen, soulignant la nécessité d’une mobilisation constante des services de renseignement et de justice français, ainsi qu’une coopération européenne renforcée.
En définitive, ces huit procédures mettent en lumière une réalité nouvelle et inquiétante : les frontières traditionnelles entre terrorisme jihadiste, ingérence étrangère, délinquance organisée et cyber-recrutement s’estompent progressivement. La menace ne provient plus uniquement de groupes structurés comme Daech ou Al-Qaïda, mais également d’États qui instrumentalisent des réseaux criminels ou des jeunes désœuvrés pour mener des opérations de faible intensité sur le territoire européen.
Les enquêtes se poursuivent activement sur l’ensemble de ces dossiers sensibles. Elles révèlent à la fois l’ampleur, la sophistication et la diversité des acteurs impliqués dans ce nouveau visage du terrorisme d’État. Face à cette évolution, les autorités judiciaires et de renseignement appellent à une vigilance accrue et à une adaptation rapide des outils de lutte antiterroriste, tant au niveau national qu’européen.
