Bangladesh : 194 enfants morts, la rougeole progresse à un rythme alarmant
Au Bangladesh, la situation sanitaire prend une tournure de plus en plus inquiétante. Une épidémie de rougeole, d’une intensité rare, a déjà causé la mort de 194 enfants en l’espace de quelques semaines, tandis que plus de 28 000 cas suspects ont été recensés à travers le pays. Derrière ces chiffres, c’est une crise profonde qui se dessine, mêlant défaillances structurelles, retards politiques et urgence humanitaire.
La propagation du virus s’effectue à un rythme soutenu. Chaque jour, entre trois et cinq enfants succombent à cette maladie pourtant évitable par la vaccination. Dans la capitale Dhaka, les hôpitaux peinent à absorber l’afflux de jeunes patients, souvent admis dans des états critiques, souffrant de fortes fièvres, de complications respiratoires et, dans certains cas, d’atteintes neurologiques sévères.
Face à cette flambée, les autorités ont lancé une campagne nationale de vaccination d’une ampleur exceptionnelle, visant à immuniser 18 millions d’enfants. Mais sur le terrain, les résultats tardent à suivre : à peine plus d’un quart de l’objectif a été atteint, révélant les limites logistiques et organisationnelles d’un système de santé sous pression. Le manque de personnel, les difficultés d’accès dans certaines مناطق rurales et les pénuries en matériel médical freinent considérablement les efforts engagés.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la rougeole reste l’une des maladies les plus contagieuses au monde. Transmise par voie aérienne, elle peut infecter jusqu’à 90 % des personnes non immunisées exposées au virus. Si elle est souvent perçue comme une maladie infantile bénigne, ses complications peuvent être redoutables : pneumonies sévères, encéphalites, voire décès, notamment chez les enfants malnutris ou non vaccinés.
Au-delà de la dimension sanitaire, la crise actuelle révèle des fractures politiques persistantes. Le Premier ministre Tarique Rahman a pointé du doigt les responsabilités des gouvernements précédents, accusant notamment l’administration de Sheikh Hasina, renversée en 2024, d’avoir laissé se dégrader la couverture vaccinale. Le report d’une campagne nationale prévue en juin 2024, en raison des troubles politiques, apparaît aujourd’hui comme un facteur déterminant dans l’ampleur de la crise.
Sur le terrain, les témoignages des familles endeuillées traduisent une réalité brutale. Dans de nombreux cas, les enfants sont emportés en quelques jours à peine, faute de prise en charge rapide ou de moyens adaptés. La douleur des parents se mêle à un sentiment d’impuissance face à une maladie que l’on pensait maîtrisée.
Malgré l’appui de l’UNICEF, les autorités reconnaissent manquer de ressources essentielles, notamment en kits de dépistage et en vaccins dans certaines régions. Une situation qui laisse craindre une aggravation rapide de l’épidémie si les mesures de riposte ne sont pas intensifiées.
Autrefois salué pour ses progrès en matière de santé publique, le Bangladesh se retrouve aujourd’hui confronté à une crise qui met à nu les fragilités de son système sanitaire. Entre urgence médicale et tensions politiques, le pays joue désormais contre la montre pour éviter que cette épidémie ne se transforme en catastrophe de plus grande ampleur.
