Pourquoi Mojtaba Khamenei n’a-t-il pas assisté aux funérailles de son père ? De quoi le régime iranien avait-il réellement peur ?

Pourquoi Mojtaba Khamenei n’a-t-il pas assisté aux funérailles de son père ? De quoi le régime iranien avait-il réellement peur ?

Au cœur d’une cérémonie grandiose, où des centaines de milliers de fidèles ont rendu hommage à Ali Khamenei, une absence a retenu tous les regards : celle de Mojtaba Khamenei, nouveau Guide suprême. Sécurité ou stratégie ? Derrière cette invisibilité se cache la fébrilité d’un pouvoir qui se méfie de son propre peuple.

Au deuxième jour des obsèques nationales d’Ali Khamenei, l’Iran a offert une démonstration de ferveur populaire et d’unité politique. Des centaines de milliers de fidèles ont afflué vers la Grande Mosalla de Téhéran, où s’est tenue une grande prière funèbre en présence de la quasi-totalité des plus hauts responsables de la République islamique. Les funérailles ont été transformées en spectacle national : foules compactes, drapeaux rouges, slogans anti-américains et cérémonies grandioses. Trois fils d’Ali Khamenei — Massoud, Mostafa et Meysam — étaient présents devant le cercueil. Mais au premier rang de cette théâtralisation du pouvoir, une place est restée vide, plus visible que toutes les autres : celle de Mojtaba Khamenei. Officiellement désigné pour succéder à son père, le nouveau Guide suprême n’a pas assisté à la cérémonie.

La grande prière, dirigée par l’ayatollah Ja’far Sobhani, s’est déroulée devant le cercueil d’Ali Khamenei, enveloppé du drapeau iranien et coiffé de son turban noir. Aux premiers rangs figuraient le président Massoud Pezeshkian, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, le commandant de la Force Al-Qods Esmaïl Qaani et le chef des Gardiens de la Révolution Ahmad Vahidi. Trois frères présents, les plus hauts responsables alignés, et le nouveau Guide introuvable. Officiellement, on invoque des raisons de sécurité. Officieusement, l’absence de Mojtaba en dit long sur la fébrilité d’un régime qui, plus que jamais, se méfie de son propre peuple.
Mais Mais pourquoi Mojtaba Khamenei est-il resté absent de cette cérémonie historique ? Cette absence continue d’alimenter les interrogations et les spéculations. Si plusieurs médias évoquent des blessures subies lors des frappes américano-israéliennes du 28 février, cette explication ne convainc pas entièrement. En l’absence de toute apparition publique ou communication directe du nouveau Guide suprême, le mystère demeure entier et laisse place à de nombreuses interprétations sur les véritables raisons de son invisibilité. Même blessé, un successeur aurait pu être filmé, même de loin, même protégé. Que le nouveau Guide ne s’affiche jamais en public, qu’il ne communique que par décrets et déclarations officielles, signale autre chose : une direction qui se cache derrière les murs dorés du pouvoir. La peur n’est pas seulement celle d’un attentat israélien ou américain ; c’est la peur d’une contestation interne, d’une contestation populaire, d’une contestation visible.

Le régime iranien sait que Mojtaba est contesté. Il sait que sa désignation rapide, au milieu d’une guerre et de deuil national, n’a pas fait l’unanimité. Alors il se replie. Il verrouille. Il enterre en public son propre successeur pour éviter qu’il ne devienne une cible trop visible, trop fragile, trop exposée. Mais cette stratégie de l’ombre a un prix : elle fragilise la légitimité du pouvoir. Comment un Guide suprême peut-il incarner la nation s’il ne paraît jamais devant elle ? Comment un système se dit-il fort s’il doit cacher son leader ?

Les funérailles d’Ali Khamenei ont offert une démonstration de force. Mais elles ont aussi révélé une faiblesse : celle d’un régime qui, face à la pression extérieure et à la défiance intérieure, choisit de se protéger en s’isolant. Mojtaba Khamenei n’a pas assisté aux funérailles de son père parce que le système ne peut pas se permettre de le perdre – ni physiquement, ni politiquement. Et c’est là tout le paradoxe : en voulant le protéger, le régime l’affaiblit.

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