Europe : 35 fausses alertes à la bombe en trois jours, le spectre d’une opération de guerre hybride

Europe : 35 fausses alertes à la bombe en trois jours, le spectre d’une opération de guerre hybride

Vandalisme, action coordonnée ou manipulation à visée géopolitique ? Une série de fausses alertes à la bombe visant des avions de compagnies européennes a provoqué d’importantes perturbations du trafic aérien. En trois jours, au moins 35 vols ont été concernés, ravivant les inquiétudes sur les méthodes de déstabilisation attribuées à des acteurs étatiques, notamment dans le contexte des tensions entre la Russie et les pays européens.

L’Europe est confrontée à une série inhabituelle de fausses alertes à la bombe visant le transport aérien. En l’espace de trois jours, au moins 35 vols ont été perturbés par des menaces d’attentats qui se sont toutes révélées infondées. Plusieurs appareils ont dû être déroutés, effectuer des atterrissages imprévus ou être escortés par des avions de chasse, tandis que des opérations de vérification étaient déclenchées dans différents aéroports du continent.

La vague d’alertes a pris une ampleur particulière jeudi 5 novembre, avec au moins 27 appareils concernés selon les informations rapportées par Reuters. Les incidents ont touché plusieurs compagnies, notamment Ryanair, Wizz Air, Finnair, LOT Polish Airlines et Aer Lingus, sur des liaisons reliant notamment l’Irlande, l’Italie, la Bulgarie, la France, l’Espagne, la Roumanie, la Pologne et la République tchèque.

Parmi les incidents les plus marquants figure celui d’un Airbus A320 d’Aer Lingus reliant Dublin à Rome. L’appareil, transportant 151 passagers et six membres d’équipage, a été dérouté vers la base militaire d’Évreux, en France. Des équipes spécialisées dans la détection d’explosifs ont procédé aux vérifications nécessaires. D’autres avions ont été escortés par des appareils militaires italiens, français et bulgares, tandis que plusieurs aéroports ont renforcé leurs dispositifs de sécurité.

Cette succession d’incidents ne se limite toutefois pas à une série de menaces isolées. Les premières alertes avaient été signalées lundi, avant une nouvelle vague mardi, puis une multiplication des signalements jeudi. La répétition des procédés, leur concentration sur des vols internationaux et leur extension géographique alimentent les interrogations sur une éventuelle coordination.

L’hypothèse d’une opération de guerre hybride commence ainsi à s’imposer dans les analyses sécuritaires. Le principe consiste à déstabiliser un adversaire sans recourir directement à une confrontation militaire, en combinant des moyens numériques, des opérations clandestines, des actes de sabotage et des actions de désinformation. Les fausses alertes présentent, à cet égard, un avantage évident pour leurs auteurs présumés : elles mobilisent des moyens considérables, désorganisent les infrastructures et entretiennent un climat d’insécurité, sans nécessiter d’attaque matérielle.

Le contexte géopolitique renforce ces soupçons. Plusieurs pays touchés figurent parmi les soutiens de l’Ukraine face à l’invasion russe. Depuis plusieurs mois, des responsables européens accusent Moscou d’être impliqué dans différentes opérations de sabotage et de déstabilisation sur le continent. La Russie a régulièrement rejeté ces accusations.

Un élément particulier a également retenu l’attention des enquêteurs. Certains courriels reçus par des aéroports, notamment à Rome et à Sofia, revendiquaient les menaces au nom des « combattants de Male State », une mouvance russe d’extrême droite interdite en Russie. Toutefois, cette référence ne constitue pas une preuve de son implication. Le fondateur du groupe a d’ailleurs nié toute responsabilité, selon Reuters.

Pour les spécialistes de la sécurité aérienne, plusieurs scénarios restent envisageables : l’action d’un individu ou d’un groupe, une succession d’imitations déclenchées par les premières alertes ou une opération organisée bénéficiant éventuellement de soutiens extérieurs. À ce stade, aucune autorité européenne n’a officiellement établi l’existence d’un commanditaire commun.

Le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, a lui-même appelé à la prudence, estimant qu’il était trop tôt pour déterminer si les incidents étaient liés. Cette réserve souligne la difficulté de distinguer une opération coordonnée d’une succession d’actes malveillants.

Au-delà de l’absence d’explosifs, le coût de ces alertes est loin d’être négligeable. Chaque menace impose l’activation de protocoles de sécurité, la mobilisation de services spécialisés, l’inspection des appareils et parfois leur déroutement. Elle entraîne également des retards, des perturbations des correspondances et des dépenses supplémentaires pour les compagnies aériennes et les gestionnaires d’aéroports.

L’enjeu dépasse donc largement la sécurité immédiate des passagers. En s’attaquant à un secteur aussi sensible que l’aviation civile, les auteurs de ces menaces peuvent perturber la circulation des personnes, affecter la confiance des voyageurs et mettre sous pression les dispositifs de sécurité de plusieurs États simultanément.

À l’approche des fêtes de fin d’année, période traditionnellement marquée par une forte activité aérienne, la répétition de ces alertes constitue un sujet de préoccupation supplémentaire pour les autorités européennes. Reste désormais à établir si cette séquence relève d’une campagne organisée de déstabilisation ou d’une série d’actes criminels dont la multiplication a amplifié les effets.

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