Fin sans procès pour le « boucher de Hama » : Rifaat al-Assad, frère de Hafez et oncle de Bachar meurt en exil

Fin sans procès pour le « boucher de Hama » : Rifaat al-Assad, frère de Hafez et oncle de Bachar meurt en exil

Rifaat al-Assad, l’oncle de l’ancien président syrien Bachar al-Assad, est décédé le 20 ou 21 janvier 2026 à l’âge de 88 ans, selon de multiples sources fiables dont Reuters, l’AFP, The Guardian, The New York Times et d’autres médias internationaux. Il est mort aux Émirats arabes unis (à Dubaï), après avoir souffert d’une grippe (influenza) pendant environ une semaine, comme l’ont indiqué des sources proches de la famille et d’anciens collaborateurs du palais présidentiel syrien.

Cette nouvelle a été confirmée par son fils Suwar (ou Siwar) al-Assad, qui a publié une image noire sur les réseaux sociaux et changé sa photo de profil pour une photo avec son père, suscitant rapidement des condoléances de la part de ses abonnés et confirmant ainsi les rumeurs au sein de la famille. L’information a circulé rapidement sur les pages syriennes et arabes, ainsi que sur X (anciennement Twitter), où plusieurs comptes ont relayé la nouvelle avec des références à son passé controversé.

Rifaat Ali al-Assad, né le 22 août 1937 à Qardaha, était le frère cadet de l’ancien président Hafez al-Assad (au pouvoir de 1971 à 2000) et donc l’oncle de Bachar al-Assad. Il a occupé des postes clés dans l’appareil sécuritaire et militaire syrien, notamment en tant que commandant des Brigades de défense (Saraya al-Difa), une force paramilitaire puissante qu’il avait créée et qui comptait des dizaines de milliers d’hommes.

Son nom reste indissociablement lié aux événements tragiques de Hama en février 1982. À cette époque, une insurrection menée par les Frères musulmans contre le régime baasiste a été écrasée dans le sang par les forces gouvernementales. Rifaat al-Assad est largement accusé d’avoir dirigé ou supervisé l’opération militaire qui a conduit au massacre de Hama, où entre 10 000 et 40 000 civils (selon les estimations, dont celles du Syrian Network for Human Rights) ont été tués en quelques semaines. Des quartiers entiers ont été rasés, des exécutions sommaires, des tortures et des disparitions forcées ont marqué cet épisode, souvent qualifié de l’un des pires massacres de l’histoire moderne du Moyen-Orient. Ses détracteurs l’ont surnommé le « Boucher de Hama » (Butcher of Hama), un surnom qui lui colle depuis des décennies.
Après cet événement, Rifaat a occupé le poste de vice-président pendant un temps, mais ses ambitions personnelles l’ont conduit à une rupture avec son frère Hafez. En 1983-1984, alors que Hafez était gravement malade, Rifaat a tenté de s’emparer du pouvoir, ce qui a provoqué une crise interne au sein du régime. Il a été contraint à l’exil en 1984, d’abord en France puis dans d’autres pays européens. Il y a vécu pendant des décennies, entouré d’une fortune considérable, tout en maintenant une présence politique via des médias et des déclarations.

Au cours des années 2010 et 2020, Rifaat al-Assad a fait face à plusieurs affaires judiciaires :En France, il a été condamné en 2020 à quatre ans de prison ferme pour blanchiment d’argent et détournement de fonds publics syriens (il avait acquis de nombreux biens immobiliers de luxe à Paris et ailleurs avec des fonds publics). Il a évité la prison en retournant en Syrie en 2021.
En Suisse, le ministère public l’a accusé en 2025 d’avoir ordonné des meurtres, des tortures, des traitements cruels et des arrestations illégales lors des événements de Hama en 1982, dans le cadre d’une procédure pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Des plaignants syriens espéraient un procès, mais les débats sur sa capacité à comparaître (en raison de son âge et de sa santé) ont ralenti la procédure.

Sa mort met fin à ces poursuites sans qu’il ait jamais été jugé pour les crimes de Hama devant une cour internationale ou syrienne. De nombreux observateurs et survivants de Hama soulignent cette impunité persistante, voyant sa disparition comme une page qui se tourne sans justice pour les victimes.

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