visite d’Asaad al-Chaibani au Caire : un rapprochement historique syro-égyptien, plus d’une décennie de rupture
La visite du ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Chaibani, en Égypte, ainsi que sa rencontre avec son homologue Badr Abdelatty, dimanche, traduisent une volonté diplomatique claire de rétablir progressivement la confiance politique entre Damas et Le Caire. Cette étape marque également une avancée significative vers la sortie de l’impasse qui a longtemps caractérisé les relations bilatérales, à la suite de la rupture totale des liens diplomatiques, lorsque l’Égypte avait fermé son ambassade à Damas et suspendu la quasi-totalité de ses contacts officiels avec le régime de Bachar al-Assad.
Cette rencontre, la première de ce niveau depuis la rupture de 2013, ravive une séquence diplomatique longtemps figée. À cette période, Le Caire, sous la présidence de Mohamed Morsi, avait pris ses distances avec Damas, allant jusqu’à rompre les relations bilatérales et fermer son ambassade en Syrie. Cette décision, fortement politique, s’inscrivait dans la condamnation de la répression en Syrie, un alignement sur une lecture sunnite du conflit, ainsi que dans un rejet explicite du pouvoir en place à Damas.
Mais derrière les déclarations officielles, la fracture syrienne a aussi été le miroir d’un Moyen-Orient en recomposition. L’Égypte cherchait alors à redéfinir son rôle, dans un environnement bouleversé par les printemps arabes. Le conflit syrien, lui, se transformait en champ de confrontation régionale où s’entremêlaient rivalités confessionnelles, luttes d’influence et interventions extérieures, notamment celles de l’Iran et du Hezbollah libanais, alliés de Damas.
Aujourd’hui, le ton a changé. Le langage de la rupture laisse place à celui de la réouverture prudente. Le Caire ne parle plus d’isolement, mais de stabilité régionale. Damas, de son côté, cherche à sortir d’un long cycle de marginalisation diplomatique et à réintégrer progressivement le tissu arabe. Dans cette logique, la visite d’al-Chaibani apparaît comme un signal politique fort : celui d’une Syrie qui tend la main à ses partenaires historiques, et d’une Égypte qui entend redevenir un acteur central de l’équilibre régional.
Les entretiens entre al Chaibani et Abdelatty ont permis de passer d’un simple rétablissement formel des relations à une véritable mise à l’épreuve de la confiance, en discutant non seulement de la réactivation des canaux politiques, mais aussi de la coopération sur les grands dossiers régionaux : la situation au Liban, les tensions liées à la question iranienne, ainsi que la question du Golan syrien occupé par Israël et les attaques répétées contre le territoire syrien, sur lesquels Le Caire a réitéré son rejet des violations constantes et son soutien à l’accord de désengagement de 1974. Les discussions ont également porté sur les moyens de renforcer les échanges économiques, avec l’annonce de la création d’un « Conseil d’affaires syro-égyptien » destiné à rapprocher les secteurs privés des deux pays, à faciliter les échanges commerciaux et à encourager les investissements, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, de l’industrie et des infrastructures.
. Une tentative de transformer la diplomatie en coopération tangible, après des années de gel.
Au-delà des communiqués officiels, cette visite illustre surtout un basculement régional. L’Égypte cherche à redevenir un pivot diplomatique incontournable, capable de dialoguer avec l’ensemble des acteurs du monde arabe. La Syrie, elle, tente de refermer la parenthèse de l’isolement et de reconstruire sa légitimité régionale.
