L’ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé tombe aux mains de la justice

L’ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé tombe aux mains de la justice

L’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a été arrêté vendredi 31 juillet au centre hospitalier de Bhannès, près de Beyrouth, après avoir fait l’objet d’un mandat de recherche émis par le procureur général près la Cour de cassation. Cette décision est intervenue après son absence à une convocation judiciaire, son avocat ayant invoqué un problème de santé au moyen d’un certificat médical dont les autorités n’ont pas pu confirmer la validité.

Riad Salamé devait être entendu dans le cadre d’une plainte déposée par l’actuel gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, qui le met en cause, aux côtés de l’ancien directeur général de Bank Audi, Samir Hanna, pour des opérations financières suspectes liées à des transactions de la Banque du Liban et à des achats de titres impliquant des sociétés liées à l’établissement bancaire.

Après avoir constaté son absence et mené des perquisitions infructueuses à plusieurs adresses connues, la justice libanaise a estimé que l’ancien gouverneur cherchait à échapper à l’enquête et a ordonné son arrestation. Il a finalement été interpellé à l’hôpital de Bhannès. Les autorités n’ont pas précisé s’il resterait hospitalisé, s’il serait transféré dans un autre établissement ou placé en détention.

Figure centrale du système financier libanais pendant trois décennies, Riad Salamé a dirigé la Banque du Liban de 1993 à 2023. Il fait aujourd’hui l’objet de multiples procédures judiciaires au Liban et en Europe pour des soupçons de corruption, de détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent et d’enrichissement illicite.

L’affaire la plus emblématique concerne Forry Associates, une société contrôlée par son frère Raja Salamé. Les enquêteurs libanais et européens soupçonnent que cette société a perçu des centaines de millions de dollars de commissions versées par la Banque du Liban, fonds qui auraient ensuite été détournés au profit du clan Salamé.

En parallèle, les autorités françaises poursuivent leurs investigations dans l’affaire dite Optimum Invest, portant notamment sur des opérations immobilières et financières réalisées entre 2015 et 2018. Un mandat d’arrêt avait été délivré contre Riad Salamé en 2024 avant sa mise en examen en France en 2025 pour blanchiment d’argent, détournement de fonds et escroquerie. Plusieurs biens immobiliers de luxe appartenant au clan Salamé, évalués à près de 92 millions de dollars, ont par ailleurs été saisis dans plusieurs pays européens.

Longtemps considéré comme l’un des banquiers centraux les plus influents du Moyen-Orient, Riad Salamé est devenu l’une des figures les plus controversées du Liban depuis l’effondrement financier de 2019. Ses détracteurs l’accusent d’avoir joué un rôle majeur dans les politiques monétaires et financières ayant conduit à la pire crise économique de l’histoire du pays, tandis que lui continue de rejeter l’ensemble des accusations portées contre sa personne.

Pour de nombreuses associations de déposants, qui réclament depuis des années des poursuites contre les responsables de la crise bancaire, cette arrestation constitue un tournant symbolique. Elles estiment toutefois que le véritable test résidera dans la capacité de la justice libanaise à mener le dossier jusqu’à son terme et à garantir un procès équitable, dans un pays où les procédures liées à la corruption financière se heurtent souvent à des blocages politiques et institutionnels.

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