Syrie : la frappe israélienne sur la base d’Abu Al Duhur embrase la rivalité Israël–Turquie
La Syrie s’impose désormais comme un nouveau terrain d’affrontement indirect entre Israël et la Turquie. La frappe israélienne contre la base aérienne d’Abu Al Duhur, dans le nord du pays, a fait grimper les tensions entre Ankara et Tel-Aviv, dans un contexte de rivalité croissante autour de leurs présences et ambitions militaires en territoire syrien.
L’attaque, menée mardi, a ciblé principalement la piste principale et plusieurs hangars de la base, située dans le gouvernorat d’Idlib, à une vingtaine de kilomètres de la vieille ville d’Alep. Aucun blessé n’a été signalé.
Israël affirme avoir agi pour empêcher la Turquie d’étendre son dispositif militaire en Syrie. Selon des responsables israéliens, Ankara aurait envisagé d’utiliser cette base afin de renforcer sa présence militaire au-delà des zones qu’elle contrôle déjà dans le nord du pays.
La Turquie rejette ces accusations et dénonce une tentative de justification de la frappe israélienne. Ankara affirme vouloir poursuivre sa coopération avec les autorités syriennes afin de contribuer à la stabilisation du pays, tout en laissant ouverte la possibilité d’un déploiement militaire.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan d’entraîner son pays dans des « aventures dangereuses » en Syrie. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, lui aussi, averti qu’Israël ne tolérerait pas une présence militaire turque susceptible de s’étendre vers le sud.
Cette confrontation intervient alors que les deux pays disposent déjà de positions en Syrie. La Turquie est principalement présente dans le nord et soutient le gouvernement syrien dirigé par Ahmad Al-Shara. Israël, de son côté, a renforcé son dispositif dans le sud après la chute de Bachar Al-Assad et l’avancée de ses forces au-delà de la ligne d’armistice du Golan.
L’enjeu autour d’Abu Al Duhur dépasse donc largement le contrôle d’une infrastructure militaire. Sa longue piste peut accueillir différents types d’aéronefs et son emplacement lui confère une importante valeur stratégique pour toute puissance souhaitant renforcer sa capacité d’action dans le nord de la Syrie.
Durant la guerre civile, la base avait notamment servi de quartier général à la 25e division des forces spéciales, connue sous le nom de « forces du Tigre », une unité majeure ayant combattu aux côtés de Bachar Al-Assad.
Face au risque d’escalade, les États-Unis tentent désormais de mettre en place un mécanisme de coordination entre Israël, la Turquie et la Syrie afin d’éviter que les tensions ne dégénèrent.
Si les deux pays ne semblent pas se diriger vers une confrontation directe, la Syrie apparaît de plus en plus comme le terrain d’un affrontement stratégique entre Ankara et Tel-Aviv. Abu Al Duhur pourrait ainsi devenir l’un des principaux points de tension de cette nouvelle rivalité.
