Le 30 décembre 2025, le gouvernement argentin a annoncé la dissolution de l’Agence nationale du handicap (ANDIS), intégrant ses fonctions au ministère de la Santé. Officiellement, cette décision vise à réduire la bureaucratie et à renforcer la transparence, mais elle survient dans un contexte judiciaire brûlant impliquant directement la famille du président Javier Milei.
Lors de sa conférence de presse, le porte-parole présidentiel Manuel Adorni a déclaré que l’ANDIS « telle que nous la connaissons cessera d’exister ». Ses missions seront désormais assurées par un secrétariat placé sous la direction d’Alejandro Vilches, avec la supervision directe du ministre Mario Lugones. Seize postes politiques seront supprimés, soit près de 46 % de la structure hiérarchique, afin de « transparenter à l’infini » la gestion des aides aux personnes handicapées, a insisté Adorni. Il a également assuré qu’aucune pension ni prestation ne serait supprimée, afin de rassurer les bénéficiaires face aux craintes immédiates de coupes budgétaires.
Pourtant, cette restructuration intervient après la révélation d’un scandale de corruption majeur, éclaté en août 2025. Des enregistrements audio attribués à Diego Spagnuolo, ancien directeur exécutif de l’ANDIS et proche de Javier Milei, dévoilent un système présumé de commissions occultes sur les achats de médicaments pour les personnes handicapées. Selon ces fichiers, une partie des gains (3 à 4 %) aurait été reversée à Karina Milei, sœur du président et secrétaire générale de la Présidence, via des intermédiaires liés à l’entourage présidentiel. Les montants évoqués s’élèveraient à 500 000-800 000 dollars par mois.
Karina Milei dément catégoriquement toute implication, qualifiant l’affaire de « opération politique ». Javier Milei, de son côté, parle de « mensonge » et de « montage ». Mais l’opposition — peronistes, radicaux et gauche — crie au « plan d’impunité », accusant le gouvernement de vouloir effacer les preuves tout en concentrant le pouvoir loin des contrôles indépendants. Des députés tels que Germán Martínez (Unión por la Patria) dénoncent une tentative de « protéger les siens » au détriment des droits des personnes handicapées. Des manifestations ont éclaté et plusieurs associations de bénéficiaires alertent sur les risques de perte d’autonomie institutionnelle et de dégradation des prestations.
De leur côté, le gouvernement et les médias proches insistent sur les irrégularités relevées par l’audit interne : pensions versées à des bénéficiaires décédés, aides attribuées sans justification médicale, facturations fictives — à l’instar de la Fondation METAS, qui prétendait dispenser des cours mais ne disposait que d’une modeste habitation sans électricité. La dissolution est ainsi présentée comme une mesure d’austérité et de transparence, destinée à rationaliser la distribution des aides et à sécuriser un budget conséquent.
L’ANDIS, créée en 2017 sous la présidence de Mauricio Macri, coordonnait les politiques publiques en faveur des personnes handicapées et gérait un budget considérable pour plus de 1,2 million de bénéficiaires directs, sans compter l’impact indirect sur des millions de personnes via les programmes associés. Sa disparition en tant qu’entité autonome marque donc un tournant significatif dans la gestion des aides sociales en Argentine.
À deux ans de son mandat, Javier Milei voit son image de « chasseur de corruption » sérieusement entachée. L’affaire, déjà qualifiée par certains d’« affaire Watergate argentine », demeure en cours d’instruction, sans inculpation formelle de Karina Milei à ce jour. Les observateurs politiques soulignent que cette crise pourrait fragiliser la position de Milei, confronté à une opinion publique de plus en plus sceptique et à une opposition déterminée à faire la lumière sur le scandale.
La dissolution de l’ANDIS apparaît comme une mesure à la fois politique et administrative : destinée officiellement à simplifier la structure de l’agence et renforcer la transparence, elle survient dans un contexte où le gouvernement doit répondre à de graves accusations touchant le cercle familial du président. Si la transparence réelle reste à prouver, cette décision risque de laisser des cicatrices durables dans la gestion des droits et prestations des personnes handicapées en Argentine.


























